Ce soir, le 19.45, demain, le 12.45 inaugurent un nouveau décor, de nouvelles technologies (la 3D Unreal, venue du jeu vidéo), des rubriques inédites et passent à la couleur bleu roi. Qu’est-ce que cela change pour vous ?
Xavier de Moulins : Tout… et rien. Cela fait maintenant treize ans que je présente ce JT. C’est devenu mon terrain de jeu, même si le cadre, un plateau sur fond vert, est très limité. La réalité augmentée offre vraiment de nouvelles possibilités et donnera de l’ampleur au journal pour le téléspectateur, mais, pour moi, le boulot ne change pas. J’ai juste d’autres repères à intégrer et des mouvements à répéter, encore et encore, pour me sentir complètement à l’aise.
Quand vous présentez, vous utilisez beaucoup vos mains. Est-ce que vous répétez devant un miroir ?
Jamais. Le principe, c’est de s’offrir aux gens tel qu’on est. Je suis comme dans la vie. Je parle avec mes mains, sans doute parce que j’ai l’impression que cela appuie mon propos, que c’est plus pédagogique. À Canal+, Philippe Gildas me disait : « Surtout, n’essaie pas d’être un autre. Les gens le voient direct. » J’applique cette logique à la lettre.
Vous avez une voix particulière, une façon singulière, aussi, de vous adresser aux téléspectateurs. Un ton hypnotisant, similaire à celui de Kaa, le serpent du Livre de la jungle….
On me l’a déjà dit. Quand je demande un truc, à table, il arrive que ma femme me lance : « Ne me fais pas ton Kaa ! » Mais ce n’est pas quelque chose de travaillé. Mon JT, j’essaie juste de l’incarner, mais dans un cadre bien défini. Je pense à cette formule : « Si vous voulez faire du basket, alors que vous jouez sur un terrain de football, aussi bon que vous soyez, ça ne marchera pas… » J’ai signé pour présenter un JT, pas autre chose. En revanche, j’apporte mon vécu. Je ne suis pas transparent.
Vous publiez, en parallèle, votre dixième livre, La Nuit du pur-sang (Flammarion), un roman délicat, émouvant, qui se passe dans l’univers de l’équitation, que vous semblez bien connaître. Qu’est-ce que vos livres révèlent de vous ?
Ma profession, c’est ce que je fais : je suis journaliste. Et dans mon métier, même si j’essaie de communiquer une certaine humanité, – qui, j’espère, se voit et s’entend – je n’affiche ni mes convictions, ni mes indignations. L’écriture, c’est ce que je suis. J’écris depuis l’âge de 14 ans. C’est une manière de prolonger la vie, de l’agrandir, aussi. Cela m’aide à m’accepter. Sans l’écriture, je ne sais pas comment je ferais.
Et pourquoi avoir situé votre intrigue dans cet univers ?
Je monte à cheval depuis que j’ai 10 ans. Mais il m’a fallu du temps pour me décider à écrire sur les chevaux. Et, pourtant, j’ai appris à des tas de gens à monter : à des délinquants, des militaires et à mes trois filles, aussi. Quand vous montez un pur-sang, vous ressentez une telle puissance, une sensation si forte qu’il fallait à tout prix que je transmette ces émotions.
INTERVIEW FRÉDÉRICK RAPILLY