« Tu sais que t’as mal, mais c’est comme ça » : la pression sur les employés d’Amazon dévoilée dans une caméra cachée de Capital (M6)

Publié le 21 novembre 2022 à 11:20
Le nouveau numéro de "Capital", diffusé sur M6 ce dimanche 20 novembre 2022, s'intéressait aux conditions de travail difficiles chez Amazon en France, à Brétigny-sur-Orge.

Ce dimanche 20 novembre, Capital proposait une soirée d’investigation dans le monde du e-commerce sur M6. Au cours du premier reportage, consacré à la face cachée du géant Amazon, le patron d’Amazon Logistic France assure qu’aucun rythme de travail n’est imposé aux employés de Brétigny-sur-Orge, malgré le nombre record d’accidents du travail ayant eu lieu dans l’établissement par rapport aux autres entrepôts d’Amazon : "Non, il n’y a pas de quota, chez Amazon ou sur le site. Vous l’avez vu vous-même quand vous avez fait la visite. Il n’y a pas de quota. On se fixe des moyennes basses qui ne sont pas affichées aux salariés. Ceux qui sont en difficulté, je vous dis, on va les voir. On travaille avec eux pour comprendre et essayer de les aider".

Pour en avoir le cœur net, l’un des journalistes est parvenu à se faire embaucher et à filmer ses premiers jours en caméra discrète. Et ce dernier va découvrir que ces propos ne correspondent pas exactement à la réalité. Arrivé avec cinq nouveaux intérimaires, il découvre que chaque journée débute avec une séance de gym de cinq minutes afin d’échauffer les articulations. Dès les premières minutes de travail, son formateur lui donne la couleur : "En temps normal ici, c’est 42 cartons à l’heure". Avec des colis de cinq kilos en moyenne, cela revient à manipuler plus d’1,4 tonnes de produits par jour. En effet, seule une pause de trente minutes est accordée aux employés qui travaillent sept heures par jour.

En fin de journée, les taux de productivité de chaque employé sont énumérés à haute voix devant tout le monde par les managers. "Même notre formateur est loin du compte avec 36 colis par heure. (…) Nos quotas sont examinés de près", commente le journaliste en voix-off. Le lendemain, c’est le reporter en immersion qui effectue ce score, en baisse par rapport à son résultat de la veille. "36 c’est pas trop… Euh… Ton collègue, il a fait 48", lui répond une manageuse lorsqu’il demande ce qu’elle pense de sa performance.

Rapidement, le journaliste affirme avoir "mal partout" et demande à un collègue présent depuis deux ans si cela est courant. "Au début, tu es presque à quatre pattes, puis ça devient la norme, tu sais que t’as mal mais c’est comme ça", lui a rétorqué ce dernier. Dans les transports en rentrant, une autre collègue lui apprend qu’une employée pas assez productive a été virée la veille. Descendant ensuite à 26 colis par heure, le journaliste a reçu dans la même journée la visite successive de trois managers. "Il y a un léger relâchement, tu n’es pas comme au début", lui dit la première. "Je ne veux pas que tu sois excellent pendant une semaine et qu’après tu deviennes médiocre. Je préfère que ce soit bien ou très bien toujours", lui explique le second. Au bout de dix jours, parmi les cinq intérimaires qui ont été embauchés en même temps que le reporter, deux sont partis (démission ou licenciement), une a fait un malaise, et deux réalisaient leurs objectifs. Quant au journaliste, il a "perdu trois kilos", conclut le reportage.

Hugo Mallais

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