Sidaction (France 2) – Line Renaud : « On ne lâche pas un combat dans la dernière ligne droite »

Publié le 23 mars 2024 à 10:23
Berzane Nasser/ABACA
À 95 ans, celle qui a fait de la lutte contre le sida le combat de sa vie ne lâche rien. Entretien.

Le Sidaction a 30 ans, mais votre engagement date de quarante ans. Pensiez-vous qu’après tant d’années, cet événement existerait toujours ? 

Line Renaud : Mon Dieu, non… À l’époque, j’ai réagi dans l’urgence, je voyais des amis mourir, il fallait faire quelque chose. Quand je me suis lancée dans ce combat, j’ai reçu les premières lettres d’insultes de ma carrière. On me disait de les laisser mourir, c’était atroce ! Et, peu à peu, on a entendu mon message, les gens ont compris que ce mal pouvait toucher leurs proches, leurs enfants. Je pensais que nous trouverions vite un vaccin, mais non… Le chemin est très long, et à 95 ans, je reste sur le pont. Je donnerai à ce combat mes dernières forces. 

Au-delà des appels aux dons, en quoi va consister cette soirée du Sidaction ? 

Il nous a semblé important de revisiter ces trois décennies de combat. Je suis très émue par toutes ces images d’archives qui vont être présentées et que j’ai tenu à commenter. Me reviennent en mémoire de belles victoires, mais aussi de grandes déceptions. Et puis, lors de cette soirée, nous aurons droit à une belle affiche de chanteurs, à des duos, et même à un orchestre symphonique ! 

En quarante ans de lutte, qu’estce qui vous a le plus marquée ? 

La ténacité des personnes mobilisées, leur fidélité, la force de leur présence. Que ce soient les chercheurs, les bénévoles des associations, les soignants, les personnes touchées par le virus, et, bien sûr, le public qui, par ses dons, permet de faire avancer la recherche. C’est une chaîne d’amour, qui me bouleverse intensément. 

Qu’est-ce qui fait que vous êtes toujours aussi investie ? 

C’est le combat de ma vie. Je m’y suis jetée à corps perdu dès le début. Et, peu à peu, j’ai nourri l’espoir qu’un monde sans sida pouvait être envisagé… Les trithérapies sont enfin arrivées. Mais toujours pas le vaccin. On sait aujourd’hui contenir le virus, mais toujours pas l’éliminer de l’organisme. Le VIH est un virus qui ne cesse de se transformer. 

Dans quoi puisez-vous la force de poursuivre ce combat ? 

Dans l’amour de la vie. La foi en la vie. Envers et contre tout. Et la foi en l’amour. L’amour mérite tous les combats. Il ne faut jamais oublier que le sida est une maladie qui s’attaque à l’amour. 

Comment se manifeste votre engagement ? 

Il consiste à fédérer les directeurs de chaînes, les animateurs, les journalistes, les artistes… Il faut réunir ce petit monde pour organiser chaque année notre Sidaction. Et je continue de siéger au conseil d’administration du Sidaction, de rencontrer des chercheurs, des associations. À l’âge que j’ai, je m’agite un peu moins dans tous les sens, mais je m’agite encore, surtout avec mon téléphone. La parole est une arme redoutable !

Que voudriez-vous dire aux gens qui pensent que l’on ne meurt plus du sida aujourd’hui ? 

Je leur dirais qu’ils se trompent… Les derniers chiffres − ceux de 2022 − font état de 630 000 morts dans le monde. Nous sommes actuellement sur le chemin de nouvelles découvertes thérapeutiques… Mais quand tout cela aboutira-t-il ? C’est impossible à dire. Le plus dur est fait, on ne lâche pas un combat dans la dernière ligne droite. Qui m’aime, me suive ! On continue !

Sidaction, samedi 23 mars à 21h10 sur France 2

Par
Adeline Quittot