Pouvez-vous vous présenter ?
Alain Chaix (AC) : Je suis Alain Chaix. À la base j’ai une formation en tant qu’ingénieur, donc j’ai travaillé beaucoup dans le monde de l’industrie et de la formation et j’ai toujours été passionné par la tech, la high-tech et par l’innovation. Ça m’a conduit, pendant la période de la crise sanitaire, à toucher au médical avec Reda et c’est comme ça que l’aventure a commencé en 2020.
Redha Belal (RB) : Je suis Redha Belal. Je suis chirurgien orthopédiste et chef de service à l’hôpital d’Arles pour la chirurgie orthopédique et pour le pôle médico-sportif. C’est un service de rééducation assez novateur dans la mesure où on prend en charge des sportifs et aussi des sujets plus âgés qui ont notamment des prothèses, et on les rééduque sur les mêmes appareils et dans les mêmes sites. Je suis chirurgien dans la fonction publique, je suis un assez jeune chef de service et je crois même que j’ai été parmi les plus jeunes en France. J’ai toujours essayé de chercher comment on peut améliorer ou en tout cas rajeunir les services publics français, toujours en cherchant des projets novateurs. Comme l’a dit Alain, je vois "ce qui ne va pas" dans le domaine de la santé, donc j’ai des idées en me disant : "Tiens, ça serait bien qu’on puisse plutôt faire comme ça". Et c’est à ce moment-là que les ingénieurs, c’est à dire ses équipes, me disent : "Voilà, actuellement, ce que l’on est en mesure de proposer". Et c’est comme ça qu’on innove. C’est à dire que moi, je pars d’un constat, d’une faiblesse, d’un problème, d’une aberration, comme c’est le cas pour les plâtres, et de leur dire : "Mais attendez, comment ça se fait qu’on ne peut pas trouver une solution alternative ?".
Pouvez-vous me présenter en quelques mots votre projet ?
RB : L’idée, c’est qu’il est complètement ubuesque en France, et c’est partout pareil dans le monde, dans le domaine de la chirurgie orthopédique, qu’on puisse travailler avec des ordinateurs, avec des robots actuellement, qui coûtent parfois plusieurs millions, et qu’en parallèle de ça, on fasse encore des plâtres en plâtre… Toutes les personnes qui ont vécu ce que c’est que d’avoir un plâtre et encore plus quand c’est l’été, savent que c’est une aberration à notre époque de devoir faire des plâtres. Alors, il y a eu des initiatives à l’international qui proposaient, on va dire, des immobilisations d’un genre nouveau. Mais en fait, moi qui suis praticien, qui suis le terrain, je peux dire qu’on a eu des innovations mais qui étaient vraiment purement des affaires d’ingénieur… Il n’y en a aucune qui pouvait être utilisée en routine, en hôpital public. Et c’est là où à chaque fois, moi, j’ai apporté ça portée des contraintes.
Quel genre de contraintes ?
RB : Il faut que l’on puisse avoir quelque chose qui permette de se baigner, qui permette de se laver et qui permette de surveiller la peau. En parallèle, les gens disaient : "Oui, mais il ne faut pas que ça coûte trop cher. Oui, mais il ne faut pas que le chirurgien ait quelque chose à faire". En plus, il ne faut pas que l’on ait un délai comme c’est le cas dans d’autres projets et que ça dure entre 4 à 6 h pour lancer l’impression, le temps de faire une capture. Il fallait que ce soit simple. Que ça facilite la vie des patients, mais que ça ne complique pas la vie des soignants. Parce que vous le savez aussi bien que moi, la conjoncture au niveau du système de santé publique français, c’est compliqué… On manque de personnel, on a une charge de travail qui est colossale. Et c’est là où moi, à chaque fois, je disais : "Non, ça, ça ne va pas". Et c’est Alain et ses équipes d’ingénieurs qui ont, à chaque fois, proposé des solutions qui étaient absolument incroyables. Ce qui est particulier avec Skincasts, c’est qu’il n’y a aucun concurrent au monde qui arrive à proposer des solutions qui soient aussi simple d’utilisation pour les soignants, aussi confortables pour les patients et accessibles pour tout le monde.
Et vous Alain, du côté entrepreneur ?
AC : Je vous avoue que j’ai découvert le monde du médical et que ça n’a pas été très simple parce qu’on se rend compte que le monde du médical n’est pas du tout organisé comme ailleurs. C’est vraiment un secteur à part entière et ceux qui sont là-dedans depuis des années le savent très bien. Il y a effectivement dans ce milieu-là, et en orthopédie en particulier, beaucoup de monde qui intervient. Chaque établissement est organisé à sa manière, avec des circuits de décision qui ne sont pas toujours les mêmes mais on a super bien fonctionné avec l’hôpital d’Arles parce qu’on est à côté et qu’on a vraiment travaillé main dans la main et fait des échanges, et des allers et retours qui ont conduit à cette innovation. Faire de l’innovation dans ce contexte-là, c’est vrai que c’est in fine le patient qui est le plus heureux avec une attelle Skincasts (rires).
Et en quoi cette attelle qui remplace l’emblématique plâtre va-t-elle justement changer la vie des patients ?
RB : Si vous voulez, encore une fois, n’importe qui qui a eu un plâtre sait de quoi je parle. Je suis dans le sud. Il fait beau, il fait chaud, il y a la mer qui n’est pas loin donc un plâtre dans ce climat-là, c’est infernal. Ce qui fait que ça peut changer la vie et celle de tout le monde, c’est qu’il faut que ça soit quelque chose de simple. On m’avait déjà contacté pour remplacer le plâtre par d’autres process mais c’était des usines à gaz, c’était extrêmement cher, ça demandait un investissement pour les établissements. Il fallait acheter une imprimante, il fallait que le patient paye un dépassement qui était faramineux. Il fallait faire une capture au préalable… Donc en fait, c’était quelque chose qui ne pouvait pas être utilisé en routine. C’est-à-dire qu’il fallait sélectionner des patients soit très aisés, soit qui connaissaient déjà ou des gens qu’on connaît… La différence avec Skincasts, c’est que c’est accessible d’un point de vue financier pour toutes les bourses des patients. Moi, je suis à l’hôpital public et c’est inconcevable pour moi qu’un enfant dans la salle d’attente puisse bénéficier de l’a-t-elle et qu’un autre soit avec un plâtre parce que ses parents n’ont pas d’argent…
Et les soignants seront également "gagnants" si je comprends bien ?
RB : Exactement, ça simplifie aussi la vie des soignants. C’est plus facile de mettre une attelle qu’un plâtre en terme de temps, en terme de ménage… Le plâtre, ça fait des taches, on est obligé de laver le sol (rires). Et puis, il ne faut pas oublier que ça ne demande aucun investissement pour les établissements de santé. C’est-à-dire qu’ils sont déjà équipés pour pouvoir poser une attelle Skincasts à l’heure actuelle, ils n’ont pas besoin d’acheter d’imprimante, ils n’ont pas besoin de renouveler ou d’acheter un four qui est spécifique parce qu’on peut même utiliser les bains thermostatique qui sont utilisés par la plupart des ergothérapeutes en France. Aussi, contrairement à un plâtre, on peut surveiller. Vous pouvez avoir des compressions sous plâtre, vous pouvez avoir des escarres, vous pouvez avoir des complications même au niveau de la peau. Si vous avez un accidenté de la route qui a la peau qui est toute abîmée avec une attelle, vous pouvez continuer de surveiller la peau et même faire des soins, des pansements, voire même de l’électro-thérapie pour éviter de perdre trop de muscle.
AC : C’est un changement de paradigme. C’est important de le dire parce que le plâtre est posé depuis plus de 200 ans ! Certains me disent même que ça remonte à l’époque de l’Égypte, on faisait des emplâtres pour immobiliser une personne qui s’était cassé un membre. Donc on ne casse pas les habitudes on va dire "ancestrales" comme ça. Ça prend vraiment beaucoup de temps, on ne lâche rien et on et on lâchera pas parce qu’on sait que c’est bon pour le patient. On sait que c’est bon aussi pour le médical parce que le médical aujourd’hui est tendu en termes de moyens, en termes de personnels. Donc trouver des solutions comme la nôtre qui permettent de gagner du temps et de l’efficacité, tout en réduisant les coûts, c’est aussi bon pour l’hôpital.
Qu’en pensent les gens du "milieu" Redha ?
RB : Ma vision, c’est une vision de discussion entre confrères. Il y a tous les chirurgiens orthopédistes, tous les praticiens ne gèrent pas la traumatologie. Un chirurgien, par exemple, du privé qui ne fait pas de traumatologie, il ne prend pas en charge les fractures, il ne fait pas de plâtre. Donc lui, on va dire, il a un avis relativement neutre. Après, il m’est arrivé d’avoir des confrères qui m’ont dit que c’était "extraordinaire". J’étais même étonné qu’un plasticien ait autant d’intérêt pour ces attelles. Après, ce qu’il faut comprendre, c’est que c’est vraiment dépendant de plusieurs facteurs. Première chose : "Est-ce que le praticien fait de la traumatologie ? Oui ? Non ? Est ce que lui, il suit ses patients ? Est-ce qu’il a de la proximité avec ses patients ?". Est-ce que c’est lui qui enlève les plâtres avec les odeurs ? Parce que si c’est quelqu’un qui est comme ça, automatiquement, ces gens-là, en général, nous suivent parce qu’ils savent effectivement qu’on ne peut pas rester sur des plâtres et aussi bien en termes d’expérience patients qu’en termes de retour… C’est aussi pour eux un moyen d’augmenter de facto leur activité. Ils savent que les patients vont avoir une meilleure expérience de la prise en charge, opération ou pas opération. Là où par contre, on sent qu’effectivement il a une réticence, c’est des gens qui, par exemple, et je vais être un petit peu dur, sont habitués à faire un petit peu leur "beurre" avec les anciennes techniques qui sont un peu plus rudimentaires et qui ne sont pas forcément plus confortables pour le patient. Mais à un moment donné, les professionnels devront suivre la demande des patients. Parce que sinon la patientèle ira ailleurs. C’est vraiment ça, un changement de vie pour les patients.
Quelles sont vos attentes en participant à l’émission Qui veut être mon associé ? ?
RB : Ça va faire très présidentiel (rires). Je souhaite m’adresser directement à la population, ne plus avoir besoin de passer par des recours, par des gens qui vont plutôt réfléchir à leur intérêt personnel et pécunier en se disant : "Ouais mais bon, moi, mon petit business dans mon coin, il fonctionne très bien. Je vends des attelles en velcro, ça coûte plus cher, c’est c’est pas recyclable, mais bon". Mon but, c’est d’arriver directement à parler aux gens, leur expliquer pourquoi Skincasts c’est l’avenir, pourquoi c’est plus simple, pourquoi c’est mieux pour eux, pourquoi c’est mieux pour l’environnement, pourquoi c’est plus facile pour les praticiens. Et là encore, on le voit depuis que les teasers sont sortis, on a des retours qui sont extraordinaires. Ils nous disent tous : "Non mais punaise, mais si j’avais eu ça moi… Si je savais que ça existait !".
AC : Je rejoins Redha. Ce qui m’importe, c’est la mise en lumière de notre produit, de notre système. J’ai aussi un autre objectif peut-être un peu plus personnel… Je voulais me mettre en danger face à des investisseurs aguerris et face à 2 millions de personnes. Je voulais aller jusqu’au bout de l’aventure Skincasts. C’est-à-dire qu’avec cette innovation, on a eu effectivement des ascenseurs émotionnels avec nos pitchs, les rencontres avec des staffs, des chirurgiens, avec du personnel médical. Se confronter à ce jury, qui est quand même très aguerri, très brillant, avoir ses retours, pour moi c’était précieux.
Quelle personnalité visez-vous pour devenir votre associé ?
AC : Au départ, on était parti sur le jury de la saison trois, donc on avait une information quinze jours avant notre tournage. On ne savait pas encore qu’il y allait avoir Tony Parker et on nous avait juste parlé d’une personnalité très connue. Puis, la semaine avant notre tournage, on a su qu’il y allait avoir Tony Parker. On s’est dit qu’il fallait donc l’avoir comme associé puisque c’est un sportif et une vedette internationale avec un carnet d’adresses non négligeable.
RB : Je suis chirurgien spécialisé en traumatologie du sport, donc c’est vrai que forcément vu ce que je fais, Tony Parker, c’est la cible idéale.
Vous avez aussi pensé au côté recyclable avec l’usage de l’amidon de maïs pour votre attelle, c’était important pour vous ?
AC : Il y a eu un concours de circonstances. Ceux qui utilisent les imprimantes 3D ont l’habitude d’utiliser le PLA [l’acide polylactique, un polymère biodégradable en compostage industriel, ndlr]. Ça ressemble à du plastique mais c’est biosourcé et c’est fait à base d’amidon de maïs. C’est une polymérisation comme pour un plastique qu’on fait à partir du pétrole sauf que là, il est biodégradable en compost et qu’on peut le recycler pour refaire du filament et refaire de nouvelles attelles avec. On a un peu galéré au début, mais c’était vraiment une volonté d’avoir un produit recyclable.
RB : Je leur ai mis tellement de contraintes que je ne pouvais pas leur demander un truc impossible. J’étais conscient de la quantité colossale de déchets notamment lorsque l’on fait une intervention chirurgicale. Concernant les plâtres, je me suis toujours demandé ce qu’ils devenaient après les avoir retirés aux patients. Je me disais toujours : "Mais qu’est-ce qu’on peut recycler de ça ?". Et en fait, on ne peut rien en faire… Mais là, sur le côté de la recherche écologique, je reconnais que tour revient à Alain et ses équipes parce qu’après toutes les contraintes que j’avais déjà posées, je ne me voyais pas en rajouter une nouvelle (rires).
Rendez-vous ce soir à 21h10, sur M6 pour découvrir le pitch des fondateurs de Skincasts dans Qui veut être mon associé ?