Nus & culottés (France 5) – Nans et Mouts : « Avec nous, les gens osent tomber le masque et se livrer sans crainte d’être jugés »

Publié le 1 juillet 2024 à 9:51
© Bonne Pioche Télévision
INTERVIEW. Les vagabonds célestes, Nans, le brun, et Mouts, le blond, reviennent en douzième saison avec deux numéros de 90 minutes, riches en surprises et en émotions.

Au cours de ce périple dans les forêts du Morvan, en quête du grand méchant loup, vous avez croisé des personnes aux expériences de vie douloureuses. Était-ce le but que vous recherchiez ? 

Nans : Non, pas du tout. Il se trouve qu’avec la thématique de ce numéro, « La quête du grand méchant loup », les gens que nous avons croisés ont souhaité évoquer les « petits chaperons rouges » qu’ils ont été dans leur vie. Ils nous ont raconté les agressions, les traumatismes qu’ils ont subis…

Comment expliquez-vous que les gens se confient de manière aussi intime à des inconnus ? 

Mouts : C’est la magie de Nus & culottés. Nous arrivons vulnérables, sans vêtements ni argent. Nous avons besoin de nourriture, d’une douche, d’un lit. L’époque enjoint les gens à se montrer sous leur meilleur jour. Comme nous nous présentons en toute humilité, il y a comme un effet miroir. Les gens osent tomber le masque et se livrer sans crainte d’être jugés. Ils nous parlent de leurs souffrances, des épreuves qu’ils traversent ou ont traversées. 

Même si elles sont fortuites, vos rencontres peuvent être salutaires, pour certaines de ces personnes… 

Mouts : Nous avons recueilli des confessions bouleversantes, dont celles d’un homme en situation d’échec, qui envisageait le suicide. Il avait besoin de parler. Quand nous l’avons quitté, il allait bien mieux. Attention, nous ne sommes pas des sauveurs, ni des gourous, ni des thérapeutes… Les gens nous parlent, nous les écoutons et compatissons. 

N’avez-vous pas l’impression que votre travail s’apparente à celui de sociologue, voire d’anthropologue ? 

Nans : Nous proposons une photographie de la France qui accueille. Ouvrir la porte de sa maison ou sa voiture à des inconnus est un acte de confiance. Il nous est arrivé d’être hébergés par des femmes seules, des personnes âgées, des familles… On découvre des gens très ordinaires, et à la fois extraordinaires de profondeur et de générosité. C’est une France invisible, qui ne fait pas de bruit, mais elle existe bien. Ça détruit les clichés. Il y a une grande biodiversité dans l’humanité. Lors de nos pérégrinations, nous rencontrons des gens riches, pauvres, croyants, non croyants, mais tous capables de fraternité et de bonté. Aujourd’hui, nous comptons plus de 2 000 rencontres. On n’a rien inventé. L’humanité a plus de 300 000 ans, et la sédentarité n’existe que depuis 10 000 ans. Le nomadisme est une seconde nature chez l’homme. 

Vous êtes passés d’un format de 52 minutes à 90 minutes. Pourquoi ? 

Mouts : Laurence Hamelin (responsable de l’unité documentaire, sur France 5, ndlr) nous a dit que nous ne rentrions plus dans le format initial de 52 minutes. Avec le temps, nous avons appris à mieux filmer, à capter les instants. La densité de ces voyages est telle que le montage était devenu un crève-coeur. Passer à 90 minutes, cela permet de s’attarder sur les personnages, de montrer leur quotidien, de faire des portraits plus nuancés et d’aller plus en profondeur, quitte à n’avoir plus que deux numéros par saison, au lieu de quatre.  

Nus & culottés, lundi 1er juillet à 21h05 sur France 5

Par
Hacène Chouchaoui