Faute de pouvoir adapter un livre de Patricia Highsmith (tous les droits de la reine du polar ayant été achetés par Sydney Pollack), Marc Fitoussi (Maman à tort, Copacabana) a jeté son dévolu sur un roman de l’auteure suédoise Karin Alvtegen, Trahie, dont il s’est très librement inspiré pour composer un thriller pervers et élégant, où tout commence par une obsession : sauver les apparences. Il n’y a que ça qui compte pour Ève (Karin Viard), épouse du prestigieux chef d’orchestre de l’Opéra de Vienne, Henri Monlibert (Benjamin Biolay). Le couple, brillant, envié, vit au centre d’une communauté d’expatriés français. Une petite coterie de grands bourgeois, où il est de bon ton d’afficher son rang en BMW, de dîner les uns chez les autres, de railler le pays d’accueil, les « amis », quand il ne s’agit pas de colporter les ragots à la sortie de l’école. Ève connaît parfaitement les codes de sa classe d’adoption, pour s’y être hissée en cachant ses origines modestes qu’elle exècre. Elle donne le change avec talent, jusqu’au jour où elle découvre que son mari la trompe avec l’institutrice de leur enfant.
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Derrière le beau miroir…
Qui mieux que Karin Viard pouvait camper cette infernale parvenue ? Claude Chabrol l’aurait adorée. « Elle seule parvient à faire des choses affreuses tout en restant éminemment attachante », précise Marc Fitoussi. Il faut la voir face à son écran d’ordinateur s’ingénier à ruiner la réputation de sa rivale en piratant sa boîte mail, puis fondre en larmes et jubiler de sa vengeance. Tout passe par les seules expressions du visage, jeu d’équilibriste que l’actrice affectionne. « Ève porte à son époux un amour dévastateur, dit Karin. J’ai senti que je pouvais mettre beaucoup de subtilité dans l’interprétation. Que fait-on de l’humiliation, de la peine ? Qui a tort, qui a raison dans ce genre de situation ? » Ève est déterminée à conserver son rang, autant que sa moitié, ce maestro à l’ambition démesurée… Benjamin Biolay, impavide et taiseux, excelle dans ce rôle qui lui a plu d’emblée : « Henri a la personnalité particulière des chefs d’orchestre. J’en ai connu pas mal. Ils sont en général d’un égocentrisme sans limites. Pour moi qui ai raté volontairement la vie de musicien classique pour suivre une autre voie, c’était assez émouvant de diriger un orchestre et d’évoluer à Vienne, berceau de la musique romantique. »
Le cinéaste a soigné les seconds rôles au côté du couple en déliquescence. On se régale des piques cinglantes de Pascale Arbillot, odieuse arbitre des élégances, de la fougue de Lætitia Dosch, qui joue la maîtresse, dans les deux sens du terme, et cache un atout dans sa manche. Reste à savoir jusqu’où ira Ève pour reconquérir son mari et garder l’image de la femme accomplie qu’elle veut donner. Quant à Henri, osera-t-il offrir plus qu’une aventure à son amante ? Réponse sur les rives du Danube qui, ici, n’est pas si bleu.
Les apparences : dimanche 18 septembre à 21h10 sur France 2
Isabelle Magnier