Que pensez-vous de ce Grand Échiquier consacré à Molière ?
Jacques Weber : C’est un programme bien huilé, que Claire Chazal manie avec beaucoup de dextérité. J’ai des amis de la Comédie-Française qui y participent. Mais quand on est pris dans le tournage, on ne se rend pas vraiment compte de ce que sera le rendu final.
Vous y donnez tout de même la réplique à Lambert Wilson…
Cela m’a beaucoup amusé de jouer Philinte au débotté avec Lambert. Il a eu le courage de faire, en direct, les premiers pas de la première scène du Misanthrope. Cela dit, ça n’a rien à voir avec le fait de jouer cette pièce en entier, ni avec la déambulation très libre que j’ai réalisée avec Denis Podalydès, et qui devrait être diffusée, en mars, sur France 5.
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Quelle vision avez-vous du travail de Molière ?
Il faut être très nuancé. Il existe une espèce d’idolâtrie, parfois un peu excessive, qui fait que l’on manie de grandes légendes autour de lui. Celles-ci s’appuient sur la première biographie de Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest (1659-1713), qui s’est amusé à décrire Molière comme un homme pauvre et malheureux, qui combat et s’en sort. Cette légende oublie qu’il était d’abord un artiste s’adressant à la haute bourgeoisie et qu’il avait le génie de contourner les lois inhérentes à son art pour écrire des chefs-d’oeuvre. Par ailleurs, les gens font souvent un contresens sur la place des femmes dans son oeuvre. En réalité, Molière leur permet d’exprimer leur recherche de liberté.
Vous avez souvent joué ses pièces. Laquelle aimeriez-vous à nouveau interpréter ?
J’ai eu la chance d’incarner au moins deux cents fois des personnages de Molière : Harpagon, Tartuffe… Aujourd’hui, j’aimerais revisiter Don Juan. Lorsque je l’ai joué, à la fin des années 80, j’étais trop jeune pour le ressentir profondément.
Le Grand Échiquier
Interview N.P.