La roue de la fortune (M6) – Eric Antoine se confie sur l’animation du jeu culte : “Une madeleine de Proust pour moi“

Publié le 20 février 2025 à 11:17
Cécile Rogue/ M6
Après "Le Juste prix", Eric Antoine s'est attaqué à un autre jeu emblématique : "La roue de la fortune". L'émission a fait son grand retour sur M6 il y a quelques semaines et l'animateur star de la chaîne qui en est aux commandes s'est confié, à Télé 7 jours, sur cette nouvelle corde ajoutée à son arc. 

Après Le Juste Prix, comment M6 vous a proposé d’animer La Roue de la Fortune ? 

Eric Antoine : J’ai appris que la chaîne avait acquis les droits et entamé des discussions. À l’époque, Le Juste Prix fonctionnait très bien, on faisait plus d’un million de téléspectateurs à chaque diffusion. J’avais envie de continuer, mais avoir deux quotidiennes, c’est impossible, physiquement et logistiquement parlant. Je leur ai donc proposé une alternance : la moitié de l’année avec Le Juste Prix, l’autre moitié avec La Roue de la Fortune. Finalement, ils ont opté pour cette solution.

Étiez-vous un spectateur assidu à l’époque de La roue de la fortune ou est-ce l’idée d’animer un programme culte qui vous a séduit ?

C’est un peu un mélange des deux. J’étais trop jeune pour regarder religieusement, mais je me souviens bien de la version avec Christian Morin, que ma grand-mère regardait. J’ai des souvenirs d’enfance blotti dans ses bras devant l’émission. C’est un peu une madeleine de Proust pour moi. Ensuite, il y a le plaisir d’animer un jeu quotidien, d’être en contact avec le public, de faire gagner des cadeaux… J’avais envie de poursuivre cette dynamique après Le Juste Prix. Et j’aimerais bien continuer ce genre d’aventures et ce genre de jeux avec un autre jeu, une autre expérience. Vous savez, ma vie, c’est de te tenter (rires). Il n’y a pas une année où je ne change pas de métier. Dès le moment où je vois une aventure se profiler, vous pouvez compter sur moi pour en être ! 

Avez-vous échangé avec Christophe Dechavanne ou Benjamin Castaldi, qui ont également animé l’émission ?

Non, je n’ai parlé ni à l’un ni à l’autre. J’ai bien sûr regardé le jeu, et je me souvenais bien du ton que Christophe Dechavanne avait apporté. Il a marqué la télévision avec son style populaire, son humour… J’ai grandi avec Coucou, c’est nous et Si elle me dit oui. Il a su imposer un rythme et une énergie qui ont révolutionné l’animation télé.

Dans les anciennes versions, le rôle des hôtesses était souvent critiqué. Vous avez fait des choix à ce sujet ?

Évidemment. Dès Le Juste Prix, j’ai voulu supprimer l’image de la "femme potiche" en jupe courte et décolleté qui se contente de retourner les lettres ou de montrer les cadeaux. J’aurais aimé avoir une co-animatrice, mais la mécanique du jeu ne le permettait pas. Il était aussi essentiel pour moi d’éviter toute misogynie, d’adapter l’émission aux standards d’aujourd’hui.

Y avait-il d’autres conditions essentielles pour que vous acceptiez d’animer La Roue de la Fortune ?

Oui, notamment sur le choix des énigmes. Les mots véhiculent des idées, des représentations de la société. On a fait attention à éviter des expressions qui perpétuent des stéréotypes sexistes, racistes ou liés à l’exploitation animale. Dans Le Juste Prix, nous avons déjà supprimé tous les cadeaux issus de l’exploitation animale (viande, cuir, fourrure, etc.). Sur La Roue de la Fortune, on a voulu aller encore plus loin, jusque dans le choix des expressions utilisées dans le jeu. Il y a aussi un engagement en dehors du plateau, évidemment. Il y a des propositions véganes à la cantine, il y a beaucoup moins d’exploitation du monde animal dans tous les groupes. Il y a plein de petites choses comme ça qui font qu’on glisse aussi petit à petit avec toutes les exploitations de M6 et toutes les productions de M6 vers quelque chose de plus vert, de plus respectueux de l’environnement et de la planète.

Vous avez une carrière très diversifiée, comment gérez-vous tous ces projets sans tomber dans le burn-out ?

Déjà, en trouvant du sens dans ce que je fais. J’ai des engagements associatifs (Magie à l’hôpital, L214, Dreamcatcher), je suis aussi très investi dans mon rôle de père et je dis à mes enfants : "Je suis là pour vous, vous êtes ma priorité". J’aime leur faire sentir qu’ils le sont et moi, de sentir profondément qu’ils le sont pour moi. J’essaie aussi d’entourer mon travail d’amitié : mes collaborateurs sont souvent des amis de longue date. Ça change tout. Et puis, j’ai une discipline de vie, entre méditation et sport, qui m’aide à tenir le rythme. C’est comme une vie sportive, c’est-à-dire qu’il y a de la préparation et après, il y a l’exploitation qui est le moment de la compétition, qui est pour moi l’équivalent du tournage. Et puis après, il y a le repos et puis, de nouveau, de la préparation (rires). Donc c’est vraiment une vie qui est assez réglée quand même, il faut le dire.

Vous parlez beaucoup de lien avec les candidats. Avez-vous un moment marquant de tournage à partager ?

Oui ! On a eu une candidate qui est devenue championne plusieurs jours d’affilée. Elle était mariée depuis 25 ans mais n’avait jamais pu faire de voyage de noces. Grâce à ses gains de plus de 40 000 euros, elle va vivre un magnifique voyage de noces et revivre l’amour. Je trouve que c’est très émouvant. Dans le couple et dans l’amour, il y a quelque chose souvent que le quotidien fatigue… Et le fait de se donner des espaces l’un à l’autre au quotidien et des petits moments, ce n’est pas forcément aussi spectaculaire qu’un grand voyage de noces au bout du monde, mais un petit week-end, aller marcher ensemble, tout ça, je me dis que c’est important pour le monde que les amoureux se retrouvent. C’est important pour le monde de raconter des histoires et qu’une émission comme celle-là donne le temps aux gens qui s’aiment de s’aimer.

Est-ce que cette expérience vous donne envie d’animer d’autres jeux ?

Ce que j’adorerais, c’est un late show. C’est un format que beaucoup d’animateurs rêvent d’avoir. Une émission où l’on mélange actu, invités, divertissement… Tout le monde en a parlé, tout le monde l’a rêvé. Peu l’ont fait, mais c’est vrai qu’une émission d’accueil, d’infotainement, ça me dirait bien. J’aime beaucoup ce que fait Léa Salamé avec Quelle Époque !, par exemple. 

Y a-t-il d’autres projets en préparation dont vous pouvez parler ?

Oui, mais je ne peux pas encore tout dévoiler. Ce que je peux dire, c’est qu’en 2026, je serai sur scène avec une pièce intitulée Quelqu’un qui parle, un projet qui me tient particulièrement à cœur.

Par
Kahina Boudjidj