Comment t’es-tu retrouvé à participer à La France a un incroyable talent ?
Merwan Sali : Au début, je n’y ai pas cru. Je me suis dit : "Ah, jamais de la vie, Incroyable talent m’a contacté". En plus, c’était un compte en gris sur Instagram, pas de followers, donc je me suis dit que c’était impossible. Du coup, j’ai mis deux jours à répondre en me disant que j’allais tenter quand même, car on ne sait jamais. Et en fait, c’était bien quelqu’un de l’émission qui m’a contacté. J’avais peur au début, je me disais que l’humour, c’est particulier. Est-ce que les gens vont adhérer ? Est-ce que les gens vont se connecter avec moi ? Et après, je me suis dit : "En fait, c’est une opportunité de malade et il faut pas la laisser passer".
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Vous étiez stressé à l’idée de passer devant le jury ? Comment avez-vous géré le fait d’être face à des spécialistes ?
J’ai géré en me disant : "Écoute, ça fait combien de temps que tu fais du stand-up ? Ça fait quatre ans. Tes blagues, tu les connais. Tu sais que ça fait rire. Si tu le fais bien, je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas". Donc, j’ai avancé comme ça. Et après, c’est sûr que tu as un stress quand même, mais tu te dis : "Écoute, moi j’en suis sûr qu’ils vont kiffer". Et après, quand ils ont kiffé, tu te dis juste : "Ouah, j’ai été validé par Sugar Sammy, j’ai été validé par Éric Antoine qui pratiquent l’humour tous les jours". C’est leur métier, ils gagnent leur vie comme ça, ils sont connus grâce à ça. Et là, ça te prouve que tu as ta place dans ce métier et que tu peux essayer d’en faire quelque chose. Ça valide quelque chose, en tout cas. J’ai validé un step pour moi en me disant que j’ai le droit d’être ici. Je suis légitime en tout cas.
Quel message souhaites-tu renvoyer en riant du cancer ?
Qu’on peut rire de tout. On peut rigoler de tout, même si c’est quelque chose de très difficile. J’ai mon caméraman qui est venu filmer l’un de mes spectacles et j’ai appris justement qu’il avait un cancer après qu’il a vu mon spectacle. Il m’a dit : "Tu sais que je suis en rémission, ça fait deux mois". Il a 20 ans et il m’a dit que ça lui a trop parlé ce que je dis, la façon dont j’aborde le cancer et le fait que je montre qu’on peut rigoler de tout. Souvent, c’est les gens qui qui n’ont pas été malades qui ne veulent pas en rigoler. Parce que moi, j’ai fait partie de pas mal d’assos et tout et j’ai même écrit. Il n’y a pas longtemps, on a fait une séance d’écriture avec des enfants malades à Paris et les enfants étaient pleins de blagues sur leur maladie alors qu’ils étaient en train de la vivre ! Je n’aborde pas que le sujet du cancer, j’en aborde d’autres comme le deuil parce que j’ai perdu ma mère quatre ans après ma maladie… C’est aussi un challenge pour moi.
Hier, après ta prestation, tu as eu le droit à une standing ovation… Comment t’es-tu senti ?
J’étais ému et si j’avais l’air timide, c’est parce que je renferme aussi ces émotions-là et ne me demande pas pourquoi c’est comme ça (rires). On a grandi comme ça. En tout cas, à la télé, je n’allais pas pleurer devant tout le monde (rires). Pour moi, c’est toute une pression qui s’est relâchée. Voir tout le monde se lever, c’est vraiment cette pression qui se relâche et même se dire : "J’ai réussi à faire ce que j’avais envie. Je suis légitime". Les gens ont kiffé, je suis trop heureux et ils ont compris mon message. J’ai reçu beaucoup de compliments du jury, ça m’a touché et ça me booste même à aller chercher ce que j’ai envie, à m’accrocher.
C’est compliqué de vivre de son art, n’est-ce pas ?
Ce que les humoristes font, c’est très compliqué parce qu’on est sans arrêt en train de se remettre en question, sans arrêt en train de se dire : "Est-ce qu’on est capable ? Est-ce qu’on va réussir ?". Parce que c’est un métier difficile, parce qu’on est jugé par des gens. À chaque fois qu’on monte sur scène, on est jugé. Du coup, c’est compliqué. Avoir ces commentaires-là du jury, c’est se dire : "Oui, en vérité, c’est possible. Je suis légitime. Je ne dois pas avoir le syndrome de l’imposteur et je suis légitime d’être pris au sérieux". Je suis légitime de vouloir réussir, de me produire dans les plus grandes salles.
Quel était ton objectif en participant à La France a un incroyable talent ?
Je voulais mettre en lumière ce que je fais. J’ai mon spectable en cours, je vais d’ailleurs le jouer à Paris le 29 novembre dans un grand théâtre. Et ce n’est pas une phrase bateau ce que je vais dire, je le pense vraiment mais je voulais faire passer un message. On peut rire de tout. J’aurais pu faire quelque chose de beaucoup plus facile mais oui, l’objectif, c’est d’avoir beaucoup plus de visibilité, de jouer mon spectacle partout et de passer sur le plateau de Mouloud Achour.
Après ton passage, ta compagne t’a demandé en mariage. Tu t’y attendais ?
On savait qu’on allait se marier, mais on ne s’était jamais demandé en mariage. Je ne l’avais jamais demandée. Je pense qu’elle perdait patience (rires). Là, elle m’a raconté que quand elle a vu mon passage alors qu’elle était avec Karine Lemarchand, elle stressait. Elle s’est dit : "Est-ce que je le fais ? Est-ce que je ne le fais pas ? Est-ce que Merwan va aimer ? On est devant des millions de gens. Est-ce qu’il va kiffer que je le fasse devant tout le monde ?". Elle m’a dit : "Au final, je t’ai vu en interview, j’étais tellement contente que ton passage soit cool, que je me suis dit : ‘Vas-y, je le fais". Elle l’a fait et on s’est mariés il y a deux semaines, le 12 octobre.
