La vie de Jean-Luc Delarue racontée dans un film produit par Réservoir prod, société fondée par l’animateur, et coréalisé par Christophe Janin, l’un de ses fidèles : l’histoire aurait pu être un peu trop belle. Mais non. Il évite le piège de l’hagiographie pour relater, certes, le parcours hors normes d’un surdoué, depuis sa première émission, Une page de pub, sur TV6, en 1986, à 22 ans, à la dernière, Réunion de famille, pour France 2, en 2011, mais ne cache rien de l’ambition dévorante, du besoin de reconnaissance, de l’alcool et de la drogue qui nourrissent la bête. Beaucoup d’alcool, beaucoup de drogue. Face caméra, d’anciens collaborateurs confessent qu’avec le temps, il valait mieux l’avoir comme ami que comme boss, et qu’ils craignaient d’aller dans son bureau, refuge d’un roi à qui l’on n’ose plus dire la vérité en face.
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Producteur de génie
Qui était Jean-Luc Delarue ? Ses collègues, ses parents, ses amours et des animateurs qui l’ont admiré, et parfois envié, se succèdent pour brosser son portrait. Michel Denisot apporte sa réponse : « Un passionné, quelqu’un qui pousse le bouchon le plus loin possible pour connaître les émotions les plus fortes dans la vie. » Des émotions qu’il prend grand soin de contrôler en public, mais qu’il sait si bien aller chercher chez les autres. Jean-Luc a presque inventé le témoignage à la télévision, de La Grande Famille, sur Canal+, à Toute une histoire, sur France 2, en passant, bien sûr, par Ça se discute, grand-messe des anonymes, des gens ordinaires, de ceux que l’on n’écoutait pas jusqu’alors. Leurs larmes étaient les nôtres, leurs rires nous faisaient du bien, et l’animateur tenait la France en haleine. À ce producteur de génie, on doit également le magazine C’est mon choix, avec Évelyne Thomas, Stars à domicile, avec Flavie Flament, ou le programme télé traitant de questions sur l’immobilier, avec Recherche appartement ou maison, présenté par un certain Stéphane Plaza. L’homme a construit un empire et incarne alors, à lui seul, une télé en plein âge d’or. Nul besoin de brûler l’idole, il le fait très bien tout seul.
Addiction et rédemption
Le bâtisseur à la gueule d’ange cohabite avec un démon autodestructeur, qui ne supporte plus l’image de gendre idéal qu’il s’est pourtant créée… Le 14 septembre 2010, le public tombe des nues : la star est placée en garde à vue pour une affaire de trafic de stupéfiants. Thierry Ardisson, avec son sens de la formule, se rappelle : « C’est le Petit Prince qui devient un vieux junkie. C’est tragique. » Actes de contrition publics, tour de France en camping-car pour sensibiliser dans les lycées, en gage de rédemption. En décembre 2011, l’animateur annonce souffrir d’un cancer de l’estomac et du péritoine. Ce combat-là, il ne le gagnera pas. Stéphanie, sa collaboratrice, se souvient de ses mots à l’hôpital, le 23 août 2012, avant sa mort, à 48 ans : « Je n’ai pas peur de mourir. J’ai peur de ne plus vivre. »
Jean-Luc Delarue, 10 ans déjà : mercredi 24 août à 21h10 sur TF1
Marc Teynier