Qu’est-ce que cela implique au quotidien d’incarner le JT de TF1 ? Y a-t-il des chose que, par contrat, comme une actrice à Hollywood, vous n’avez plus le droit de faire ?
Non, notre seule obligation, en tant que présentateur, c’est d’être à l’antenne à l’heure. Bon, c’est vrai que j’ai arrêté de me déplacer à scooter et que j’évite d’aller skier l’hiver, mais vous le voyez bien, personne ne m’a empêchée de sauter en parachute… On évite tous de prendre l’ascenseur avant le JT, pour ne pas rester coincé dedans à la dernière minute. Sinon, je choisis moi-même mes vêtements. Ce qui est vrai, c’est que je suis astreinte à une forme d’exemplarité, à un certain classicisme verbal et corporel, mais ça va avec la mission d’informer.
Vous avez déclaré : « J’ai des convictions, mais j’espère que cela ne se voit pas. » Votre métier demande pourtant d’avoir de la personnalité. Comment résout-on ce paradoxe ? En allant s’allonger sur le divan d’un psy ?
À mes débuts, je pensais que ce serait plus compliqué. Mais comme l’a dit, je crois, Frédéric Taddeï : « Plus je vieillis, moins j’ai de convictions. » Et il a raison, d’une certaine façon, plus on avance en âge, plus on se dit que la vérité est plus complexe que ce que l’on pensait quand était on jeune. Le métier de journaliste a cette vertu incroyable de vous montrer que tout est nuance, que rien n’est noir ou blanc. Ce que je laisse transparaître, ce sont les valeurs que je défends, des valeurs républicaines, celles du vivre-ensemble, des valeurs que personne ne peut me contester et qui, j’espère, sont communes à tous les téléspectateurs qui nous regardent. Il y a une chose pour laquelle je milite, c’est le droit de vote. Avec Gilles Bouleau, on s’autorise de la retape à l’antenne en période électorale.
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Ce qui vous a surprise à vos débuts, c’était que l’on vous félicite pour votre diction. Est-ce toujours le cas ?
Oui, c’est vrai qu’à l’époque, j’aurais préféré que l’on me parle d’abord de l’éventuelle intelligence de mes lancements de sujets dans le JT. Mais j’ai fini par le prendre comme un vrai compliment, car être claire et comprise par le téléspectateur, c’est finalement l’alpha et l’oméga de ma mission.
Et pour quoi vous engueule-t-on régulièrement ?
C’est marrant, mais comme on s’engage tout entier, il faut accepter que les critiques soient physiques. Il y a un téléspectateur qui est outré par ma coiffure. Il pense que j’ai de faux cheveux et il m’a écrit une lettre, dernièrement. Il y a aussi une femme qui déteste quand je porte du noir, une autre qui ne supporte pas mes robes trop courtes, etc. Mais c’est normal, je viens frapper à leur porte deux fois par jour, avec les JT de 13 h et de 20 h, et ils ont le droit d’avoir un avis sur la présentatrice qui vient s’incruster chez eux. Vous apprenez à l’accepter, puisque c’est le jeu. Ah, je ne devrais pas vous le dire, mais il y a également un monsieur qui m’écrit, car il ne supporte pas que je bouge trop le bras gauche contre mon buste. C’est un tic que j’essaie de maîtriser, parce que je parle beaucoup avec mes mains…
L’interview d’Anne-Claire Coudray, réalisée par Frédérick Rapilly, est à lire en intégralité dans le magazine Télé 7 jours. Disponible dans les kiosques dès ce lundi 3 juillet.