Comment décririez-vous cette expérience unique ?
Jarry : Je n’imaginais pas vivre une telle aventure. C’était très fort, tant avec les gens que l’on a rencontrés là-bas, qu’avec Raphaël. Cette expédition a éveillé chez moi des émotions inédites.
En acceptant de participer à l’émission, aviez-vous imaginé vous retrouver au Groenland ?
Je suis quelqu’un du soleil, du Sud de la France, j’aime être en slip de bain. (Rires) Alors, quand Raphaël m’annonce que l’on va dans l’endroit le plus au nord du monde où des êtres humains se sont installés, avec des chasseurs et des pêcheurs qui vivent entre mecs… On ne pouvait pas trouver plus opposé, par rapport à moi. C’est un voyage que je n’aurais jamais fait par moi-même.
Comment décririez-vous Raphaël de Casabianca comme compagnon d’aventure ?
Je dirais que l’on a quelque chose en commun, qui est l’amour de l’humain. Je pense sincèrement qu’il y a une sorte de gémellité dans les valeurs qui nous animent. Nous avons, en revanche, deux manières différentes de l’exprimer. J’ai du mal à cacher mes émotions, c’est le choix de vie que j’ai fait. Raphaël, lui, est plus modéré, il montre moins les choses et sait s’effacer, parce qu’il veut que les gens soient mis en avant. Il m’a appris à être un peu plus sur la réserve, et je pense lui avoir apporté l’envie de se dévoiler davantage.
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Aviez-vous appréhendé les réactions auxquelles vous auriez pu faire face, au Groenland, vis-à-vis de votre homosexualité ?
Je ne voulais pas faire une émission de télévision où je devais tricher. J’avais envie de leur parler de mes enfants, et forcément en faisant ça, j’allais devoir parler de mon homosexualité. Je voulais que ces gens rencontrent celui que je suis fondamentalement… C’était donc une angoisse que j’avais : je ne souhaitais pas me retrouver au milieu d’une tribu qui allait me chasser, parce que j’aime les hommes. Je ne pouvais pas savoir ce que ces gens allaient penser. En France et en Europe, il y a déjà tant de réactions ultraviolentes que je me suis bêtement demandé si, dans un endroit aussi reculé, ils n’allaient pas être encore plus archaïques. Et, finalement, au moment où je leur ai parlé de mon homosexualité, je me suis pris un uppercut d’émotion. Ils ont eu une réaction que je n’ai même pas vue en France, quand j’ai fait mon coming out.
Qu’attendiez-vous de cette expérience dans cette émission ?
J’avais besoin de me reconnecter avec l’humanité. Qu’est-ce que c’est compliqué, au quotidien, de trouver de la solidarité et du respect ! En France, je suis encore réduit à ma sexualité, quoi que je fasse. J’avais besoin de me dire que là où j’allais, personne ne me connaissait. Ces Inuits ont vu l’homme, et ça m’a fait beaucoup de bien. Ce que je suis allé chercher dans cette émission, c’est que l’on me voie tel que je suis réellement.
Rendez-vous en terre inconnue, mardi 2 mai à 21h10 sur France 2
INTERVIEW AURÉLIEN GAUCHER