On se doit de vous dire Ia ora na, Miss France, bonjour en tahitien. Comment vous sentez-vous quelques jours après votre sacre ?
J’ai du mal à réaliser que je porte l’écharpe de Miss France. Je suis encore dans une bulle. Je plane et j’ai l’impression de vivre encore un rêve. On m’emmène à droite, à gauche, on me demande si je vais bien, ce que je ressens… C’est très difficile pour moi de décrire les émotions qui me traversent.
Que se passe-t-il dans la tête d’une jeune femme lorsqu’elle apprend qu’elle est élue la plus belle de France ?
Cela m’a beaucoup touchée, d’autant plus que j’ai appris par la suite que je suis arrivée en tête des votes du public. Je me sens reconnaissante. Mais je préférerais que l’on parle de beauté intérieure et non de beauté physique. J’espère faire de mon mieux pour représenter fièrement ma région et la France, et surtout, avec beaucoup d’humilité.
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Il paraît que vous étiez complexée par votre voix et par votre mètre quatre-vingt-deux à l’adolescence.
C’est vrai. Avec ma grande taille, je faisais une tête de plus que tous mes camarades au collège. Et ma voix très grave, typique des femmes des îles Marquises, ne correspondait pas à celle d’une jeune fille de mon âge en France. Aujourd’hui, en interview, on me dit qu’elle est apaisante. Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle ! (Rires)
Vous êtes la sixième Miss Tahiti à remporter la couronne. Vous allez devoir mettre votre vie en pause pour endosser ce rôle d’ambassadrice de la culture française. Avez-vous peur de ce qui vous attend ou êtes-vous déjà tellement prise dans le tourbillon du sacre qu’il n’y a pas de place pour l’introspection ?
J’étais préparée à l’éloignement. Aujourd’hui, le plus important pour moi, c’est de représenter fièrement la France. C’est une année de sacre. Je sais que je ne vais pas revoir ma famille ni les Polynésiens de sitôt, mais ce sont eux qui m’ont poussée vers la victoire. J’ai décroché cette couronne pour nous tous.
Vous avez dit pendant l’émission : « Je suis d’ici et d’ailleurs »…
Oui. J’ai grandi entre le sud de la France et la Polynésie française. À l’âge de six ans, je suis partie avec mes parents vivre dans le Gard. Pendant quinze ans, j’ai passé mes vacances d’été en Polynésie, avant d’y retourner pour m’y installer.
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Comment est née l’idée de vous lancer dans ce concours, vous qui avez étudié le droit, la psychologie et travaillé dans le tourisme ?
Par le passé, on m’a souvent dit : "Un jour, tu devrais t’inscrire à l’élection de Miss France." Moi, je ne me voyais pas dans ce rôle, je ne pensais pas avoir le potentiel. Je me trouvais banale et je pensais ne jamais oser prétendre à la couronne. Malgré mon manque d’estime de moi, l’idée a fait son chemin. J’ai compris qu’une Miss France pouvait être inspirante et qu’à travers une jeune femme, tout un peuple pouvait s’unir, se sentir représenté et rayonner. Je veux montrer aux gens qu’on a le droit de rêver plus grand que ce qui semble possible.
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Les anciennes Miss sont très proches. La sororité est-elle aussi une valeur que vous défendez ?
Bien sûr. Pendant la cérémonie, j’ai parlé de liberté, d’égalité et de fraternité, et donc de sororité, évidemment. J’ai toujours été naturellement tournée vers l’humain et l’entraide. Ce sont aussi les valeurs polynésiennes transmises par mon éducation. Les femmes peuvent être très dures entre elles, mais aussi envers elles-mêmes. Nous avons chacune notre beauté, nous sommes uniques. Il est très important que nous restions solidaires et que nous donnions autant que nous aimerions recevoir.
Vous avez évoqué la santé mentale en conférence de presse… Pourquoi est-ce un sujet important pour vous ?
Tout simplement parce qu’il touche chacun d’entre nous. J’ai traversé une période compliquée dans ma vie et, à ce moment-là, j’ai trouvé peu de témoignages pour m’aider à trouver des solutions. Aujourd’hui, on parle de plus en plus de santé mentale, et c’est tant mieux. Je veux montrer que l’on peut avoir connu des moments difficiles, se relever et réaliser ses rêves.
D’ailleurs, après un règne très compliqué, jalonné d’attaques racistes et sexistes, Angélique Angarni-Filopon, Miss France 2025, a appelé le public à être plus bienveillant avec sa successeure…
Angélique, c’est ma grande sœur de cœur, une femme incroyable. Je la remercie d’avoir prôné la bienveillance auprès des Français afin que mon règne se passe bien et que je ne subisse pas la méchanceté gratuite qu’elle a pu subir. Elle a su faire face et garder la tête haute en véhiculant de beaux messages. J’espère en faire de même et être utile, dans douze mois, à celle qui me succédera.