Harcelée (Chérie 25) Armelle Deutsch : « J’avais une confiance absolue en Thibault de Montalembert »

Publié le 29 avril 2020 à 14:06
Caroline DUBOIS - FTV
Armelle Deutsch incarne Karine, victime de harcèlement sexuel au travail dans "Harcelée", un téléfilm rediffusé ce mercredi soir sur Chérie 25. Un rôle bouleversant qui lui a valu, en 2016, le Prix d’interprétation au Festival de la Fiction TV de La Rochelle.

Télé 7 Jours : Comment la réalisatrice Virginie Wagon vous a-t-elle présenté le personnage de Karine ?

Armelle Deutsch : Il y a cette idée reçue selon laquelle les femmes victimes de harcèlement sont des petites choses fragiles, comme si il était écrit sur leur front qu’elles allaient se faire avoir. Or, personne n’est à l’abri. Du coup, on a voulu que Karine soit une femme gaie et volontaire. Après des années à être restée à la maison pour s’occuper de ses enfants, elle démarre une nouvelle vie. Elle a besoin de séduire, de savoir si elle plaît encore.

Dès le début, l’attitude charmeuse, mais malsaine, d’Antoine (Thibault de Montalembert), son nouveau patron, n’est-elle pas un signe ?

Pour lui, Karine est la proie idéale. Elle ne voit pas le mal, trop heureuse de ce qui lui arrive. Il la regarde, la considère, lui offre un boulot. Il ne s’agit en rien de naïveté.

Antoine est le père de la meilleure amie de Luna, la fille de Karine. Et s’immisce dans sa sphère intime…

Il est a priori sympa et a des moyens. Il achète sa famille. Karine et son mari, Sergio (joué par Lannick Gautry), connaissent des problèmes d’argent. Karine a une pression sur les épaules et peur de perdre son travail. C’est pourquoi elle ne dit rien à son époux qui, par ailleurs, ne voit absolument pas ce qui se passe sous ses yeux.

Comment se sont déroulées les scènes de harcèlement avec Thibault de Montalembert ?

Il était tellement dans son rôle que je me suis laissé avoir. C’est un immense acteur, très à l’écoute. Nous avons travaillé dans le partage et l’échange. J’avais une confiance absolue en lui. Le soir, comme nous étions tous ensemble à Bordeaux, on débriefait autour d’un verre pour dédramatiser les choses.

Une femme sur cinq est victime de harcèlement sexuel durant sa vie professionnelle. En avez-vous rencontré pour préparer ce rôle ?

J’ai regardé des témoignages et j’ai lu Les Heures souterraines, de Delphine de Vigan (JC Lattès), et Ces gestes qui vous trahissent, de Joseph et Caroline Messinger (Éditions First).

Les femmes harcelées portent toujours le même stigmate : elles ont honte et se sentent coupables. Seulement 5 % d’entre elles portent plainte…

C’est un mécanisme invariable qui se met en place dans le cerveau, une véritable descente aux enfers. Karine a l’impression de devenir folle. C’est seulement lorsqu’elle rencontre la femme qu’elle remplace, devenue une vraie loque, qu’elle a un déclic.

Vous avez obtenu en 2016 le Prix d’interprétation féminine au Festival de La Rochelle. Était-ce d’autant plus gratifiant que vous portiez la parole des femmes victimes de harcèlement ?

Recevoir ce prix pour ce rôle en particulier m’a énormément touchée. Juste avant, à l’issue de la projection, trois femmes, anciennes victimes, sont venues me parler pour me dire l’importance d’un tel film, qui insiste sur la nécessité de porter plainte. C’est ma plus belle récompense.

Harcelée est diffusé mercredi 29 avril à 21h05 sur Chérie 25 

Interview Emmanuelle Touraine

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