Eurovision : L’ex-patron des divertissements de France 2 révèle que la France avait “ordre de perdre”

Publié le 8 mai 2023 à 10:07
Yves Bigot, l'ancien patron des divertissements de France 2, a révélé dans "C médiatique" comment il a reçu un "ordre de perdre" à l'Eurovision lors de l'une des éditions de la fin des années 1990.

C’est une annonce à laquelle on ne s’attendait pas forcément. Yves Bigot était l’invité de C médiatique hier, dimanche 7 mai, sur France 5 et il en a profité pour révéler qu’il avait eu pour ordre de perdre au concours de l’Eurovision alors qu’il était à la tête des divertissements de France 2 et de la RTBF. L’info lâchée par l’actuel directeur général de TV5 Monde en a surpris plus d’un et il a accepté de s’expliquer auprès de nos confrères du Parisien

"Si tu gagnes on te vire"

Sur France 5, il déclarait sans filtre : "On avait pour ordre de perdre. Le problème est que si vous gagnez, c’est vous qui organisez l’année d’après". Cette ordre aurait donc été donné pour une question d’argent puisqu’il évoquait un coût entre "20 à 25 millions de francs" pour organiser l’événement. "Les chaînes n’ont pas cet argent, sauf dans des petits pays où c’est le ministère du Tourisme qui finance", précisait Yves Bigot. Et d’insister : "Quand j’étais à France 2, j’avais ordre de perdre et quand j’étais à RTBF, j’avais ordre de perdre". Il ajoutait que la RTBF "avait dû licencier 2 000 personnes après avoir remporté l’Eurovision" afin de pouvoir financer le concours de l’année suivante. Alors en 1998, quand il était directeur des divertissements pour France 2, on lui aurait dit "si tu gagnes on te vire".

Au Parisien, il revenait donc sur cette déclaration dans C médiatique et apportait quelques précisions. "Si ma mémoire est bonne, c’était pour l’Eurovision de 1999. Je suis à France 2 à l’époque. L’Eurovision fait partie des événements dont je dois m’occuper", se souvenait-il d’abord. Il pense alors à Emma Shapplin avec qui il était "sur le point de signer un contrat" quand il a quitté ses fonctions de directeur du label Mercury. "Elle a vendu ensuite des millions d’albums, principalement dans des pays qui votent pour l’Eurovision, l’Europe de l’Est, la Turquie, la Russie, la Grèce, la Macédoine (…) Je me disais : j’ai une chance sur deux de gagner", reconnaissait-il.

"C’était une mauvaise année pour gagner l’Eurovision"

Il affirmait ensuite à nos confrères qu’il est "encore persuadé aujourd’hui que l’on aurait gagné". "Je venais de la musique. J’avais dirigé deux maisons de disques. C’était mon job", insistait-il. Puis de détailler : "Et, un jour, je croise Xavier Gouyou-Beauchamps, à l’époque président de France Télévisions, qui me dit : ‘Alors, comment ça se présente l’Eurovision’. Je lui réponds : ‘On va gagner, président’. Et là, il ajoute : ‘Surtout pas, ne faites pas ça !’". Yves Bigot souligne qu’il faut "remettre cet échange dans le contexte de l’époque". "C’était peu de temps après la polémique autour des animateurs producteurs, ‘les voleurs de patates’ comme disaient les Guignols de l’Info" et il était reproché à Jean-Pierre Elkabbach, PDG de France Télévisions à ce moment-là d’avoir signé des contrats juteux avec les sociétés de production de Nagui, Jean-Luc Delarue et Arthur.

"Il y avait plein de questions autour du financement de l’audiovisuel public et de la façon dont on utilisait cet argent. J’ai compris très, très vite que c’était une mauvaise année pour gagner l’Eurovision car, si c’était le cas, on devait l’organiser l’année suivante et que ça allait coûter une fortune, autour de 20 millions de francs à l’époque. Ça n’était pas le moment", poursuivait l’ex-patron toujours auprès de nos confrères du Parisien. Comment réussit-il à perdre alors ? "J’ai eu la chance finalement que, le jour de la finale de l’Eurovision, il y avait aussi un match de l’équipe de France de rugby. Dès que j’ai vu ça, j’ai dit : France 2 est la chaîne du rugby, on prend le match et France 3 va diffuser l’Eurovision. Et comme ça, c’est eux qui se sont occupés du choix de l’artiste. Et, pendant les huit ans où j’étais à France 2, je n’avais plus à m’en occuper. Et je m’en suis désintéressé", terminait Yves Bigot.

Kahina Boudjidj 

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