Quelle était l’ambition de M6 lorsqu’elle a lancé ce magazine, il y a maintenant vingt ans ?
Bernard de la Villardière : C’était quelque temps après le choc du 11 septembre 2001. La chaîne voulait s’ouvrir à l’international. On avait déjà créé Les Docs de Zone interdite, en deuxième partie de soirée, où avaient été diffusées des enquêtes sur l’islamisme, notamment sur Ben Laden, et sur le terrorisme aussi, qui avaient réalisé des audiences très honorables. Comme ça marchait, la chaîne s’est dit : « Tiens, on va créer une marque : Enquête exclusive, en deuxième partie de soirée. » Et pour la petite histoire, on m’a proposé de continuer à présenter Zone interdite (Bernard l’a fait de 1998 à 2005, ndlr), tandis que cette émission devait avoir un autre présentateur. Mais j’ai réfléchi et leur ai dit : « Écoutez, je suis prêt à abandonner mon siège à Zone interdite pour cette émission. » Ça correspondait plus à ce que je voulais faire à l’époque.
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Les équipes d’Enquête exclusive ont tourné dans plus de 80 pays. Est-ce que vous avez une mappemonde dans vos bureaux, avec des petits drapeaux épinglés sur les pays visités ? Comment ça marche ?
On a changé de bureaux de nombreuses fois… Pendant une période, nous avons eu cette carte avec les drapeaux. Ça a existé. Et nous avons de nouveau installé une carte depuis quelques mois. Sans drapeaux ni punaises. On a une quarantaine de tournages en cours, et on sait où chacune de nos équipes se trouve. À propos des pays qui sont fermés ou qui se sont fermés, en ce qui me concerne, je ne peux plus aller au Venezuela. J’y suis allé une fois. La deuxième fois, on m’a remis dans l’avion dès mon arrivée. L’Égypte, j’y suis allé en tant que touriste, pas comme journaliste, pour pouvoir tourner librement avec une caméra légère, mais les douaniers ne l’ont pas oublié, et lorsque j’y suis retourné avec ma femme en vrais touristes, pour faire de la plongée, ils ne m’ont pas laissé entrer. Ma femme était déjà passée avec les bagages. Ils sont allés la voir en lui demandant ce qu’elle voulait faire. Elle n’est pas restée, évidemment. Mais elle m’a avoué ensuite, dans l’avion, qu’elle le regrettait un peu… (Rires)
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Aujourd’hui, diriez-vous qu’il est plus compliqué de tourner, même dans des pays qui ne sont pas en guerre ?
De manière générale, oui. Le danger est partout et nulle part. Dans certains pays, il n’y a pas vraiment de ligne de front, lorsqu’il s’agit de guerre civile ou de mafias. La règle d’or, c’est de ne pas rester plus d’une demi-heure ou quarante-cinq minutes au même endroit. C’est pour ça que l’on travaille avec des fixeurs (des personnes qui guident et accompagnent les journalistes sur place) connaissant les règles sur le terrain. Auparavant, les journalistes étaient considérés comme neutres. Ce n’est plus le cas, aujourd’hui. Ils sont considérés comme partisans et suscitent de l’hostilité. D’ailleurs, c’est le cas aussi en France.
Enquête exclusive, dimanche 9 novembre à 23.10 sur M6