Dans les coulisses des « Rencontres du Papotin », sur France 2

Publié le 24 juin 2023 à 6:03
FTV
Cette saison, 3,5 millions de téléspectateurs, en moyenne, ont regardé ces rencontres insolites, inaugurées en septembre dernier par Gilles Lellouche. Bienvenue dans les coulisses du Papotin.

C’est en mode Buzz l’éclair que Thomas Pesquet, l’invité du jour, apparait d’abord dans l’émission du jour. Sûr de lui, l’astronaute se pense seul maitre à bord. "Dans les premières minutes du tournage, on sent qu’il découvre son environnement, qu’il scanne ce qu’il a autour de lui. Il a un regard très appliqué, très concentré et on lit l’étonnement dans son regard" raconte Clément Chovin, coproducteur de l’émission.

Car l’illusion est de courte durée. Autour de Thomas Pesquet, 45 journalistes, venus d’une dizaine d’institutions, et membres de la rédaction du Papotin, sont prêts à dégainer leurs questions sans fard. Il est bien là le secret du succès de ce programme initié par les réalisateurs Éric Toledano et Olivier Nakache. "La parole y est libre, elle est portée par des gens que l’on ne connaît pas, distribuée par un animateur qui n’est pas animateur de télévision, et à des journalistes qui sont tous porteurs de syndrome autistique donc de handicap, mais qui ne parlent pas de handicap" analyse Clément Chovin.

Le Papotin, c’est, à l’origine, un journal papier créé en 1990 par Driss El Kesri, éducateur à l’hôpital de jour d’Antony. Depuis, tous les mercredis matin, les journalistes atypiques se retrouvent pour une conférence de rédaction animée par Julien Bancilhon, rédacteur en chef de la publication (et de l’émission) et psychologue. Première étape cruciale dans la préparation du programme : recueillir les réactions des participants à l’annonce du nom de l’invité. "Je vais taire celui dont on parlait ce matin, s’amuse Florence Chataigner Mars, productrice éditoriale. Quelqu’un de la rédaction du Papotin a dit : ‘Je ne veux pas du tout le rencontrer, je ne sais pas qui c’est, je ne veux pas en entendre parler’. Là par exemple, c’est un flop ! (Rire)". La production propose ensuite aux journalistes une biographie de l’invité dans laquelle ils essaient de faire ressortir des faits ou des traits de personnalité qui vont permettre de créer du lien. Gilles Lellouche a un problème avec la solitude ? Camille Cottin n’aime pas l’autorité ? Angèle souffre d’insomnies ? "Des pistes qui tout à coup rendent la personne très proche de leurs problématiques". Car avec les membres du Papotin, pas question de faire semblant. "Il y a des sujets qui nous plaisent beaucoup à nous et qui ne les intéressent absolument pas ! On ne peut pas les forcer, on ne fait que proposer. Jamais on n’écrit une question, c’est eux qui décident" précise Florence Chataigner Mars. C’est ainsi que Thomas Pesquet se voit interroger sur les possibles (ou non !) relations sexuelles dans l’espace. "C’est un sujet important. L’intimité en règle générale : avoir une femme, une famille, ce sont des marqueurs de stabilité, difficile d’accès pour eux" analyse Hervé Poulain, le réalisateur de l’émission. D’ailleurs, difficile pour les journalistes de comprendre la vie de Thomas Pesquet, ses prises de risque, son choix de s’éloigner de sa famille… Les questions sur le sujet fusent au point de déstabiliser quelques microsecondes le vaillant astronaute. "Ce petit moment d’émotion très discret face à la notion de sacrifice, très imperceptible mais assez impressionnant, est assez formidable chez Pesquet" confie Clément Chovin.

Des invités profondément marqués

Sur le tournage, il faut savoir s’adapter à ces électrons libres qui interagissent pendant 3h (pour 30mn gardées à l’antenne). "Moi, j’ai le goût de l’imprévu, confie Hervé Poulain. Je viens du documentaire. Ce que j’aime avant tout, c’est quand ça sort du cadre. On a donc trouvé un dispositif qui permet de laisser beaucoup d’espace et de de pouvoir saisir l’imprévu avec une caméra mobile, pas de lumière, donc pas de zone plus sombre que d’autres. Et surtout, avec cette logique de transparence intégrale : puisque les participants sont sans filtre, autant que nous le soyons également". Résultat à l’image, un cadreur par ci, une perche par-là. Pas grave, l’important étant de saisir chaque remarque murmurée et chaque moment improvisé. Quant aux invités, ils sortent lessivés de cette expérience hors-norme. "Ils doivent souvent bouleverser leurs agendas de l’après-midi car ils sont chamboulés, fragilisés par ces heures d’entretien" commente Clément Chovin. Tous restent d’ailleurs marqués par les larmes d’Angèle lors d’une précédente rencontre. Et si chaque invité vit l’émission différemment, toutes et tous font durer la rencontre d’une manière ou d’une autre : Camille Cottin a fait livrer une quantité industrielle de chocolats à la rédaction du Papotin, Julien Doré a invité trois des journalistes à venir chanter sur la scène de Bercy avec lui, Emmanuel Macron a enregistré pour l’équipe une vidéo tournée dans l’avion présidentiel…

Quant au public, il est au rendez-vous. "C’est forcément une surprise. La première surprise, c’est la manière dont les gens reçoivent l’émission, indépendamment des audiences. La seconde, ce sont les retours extrêmement positifs qu’on a pu avoir de toute part, et notamment sur les réseaux sociaux" confie Clément Chovin. Et bonne nouvelle pour les nombreux fans du programme : le Papotin reviendra pour une saison 2 à la rentrée prochaine.

Amandine Scherer

Les rencontres du Papotin, avec Thomas Pesquet, samedi 24 juin à 20.30 sur France 2.

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