Canada Mania (France 3) – Pourquoi Céline Dion a refusé le prix de la « Meilleure artiste anglophone de l’année » ?

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 14:39
DR
Au Canada, la chanson francophone montre une incroyable vitalité… À partir d’archives et de témoignages, ce film remonte l’Histoire et nous explique pourquoi.

C’est un fait, les Québécois aiment chanter. Depuis des décennies, les artistes interprètes du Canada francophone, aussi divers que talentueux, ne cessent de nous enchanter. De Félix Leclerc à Céline Dion, en passant par Gilles Vigneault, Robert Charlebois, Diane Dufresne, Diane Tell, Daniel Lavoie, Isabelle Boulay… sans oublier la jeune génération : Coeur de pirate ou, récemment, Aliocha Schneider, frère du comédien Niels. Leurs voix ont conquis le public français. 

UN FOLKLORE VIVACE 

D’où vient cette passion pour le chant ? Il faut se replonger dans l’Histoire de la Belle Province. Les premiers colons français s’installent au Canada à partir du XVIIe siècle, venant principalement du Poitou, des Charentes, de Normandie et de l’Île-de-France. Attachés à leurs racines, leurs descendants ont su perpétuer, par la tradition orale, le folklore de leur lointaine patrie. Les longs hivers favorisant les veillées au coin du feu, le chant s’est imposé dans beaucoup de familles comme un art de vivre. Robert Charlebois revendique cette filiation : « La gigue (danse ancienne au rythme binaire ou ternaire, ndlr) est à la base de tous mes morceaux funk. » 

Au Canada, on chante en famille et en communauté, comme lors de la récolte du sirop d’érable dans les cabanes à sucre, ou durant la pêche au saumon de glace. Tous les moyens sont bons pour faire de la musique. On découvre, par exemple, une séquence où Céline Dion exécute un superbe numéro de cuillères musicales. Et, au fil des siècles, les Québécois ont développé une chaleur et une spontanéité qui les rendent attachants. 

RÉSISTANCE IDENTITAIRE 

"Si vous utilisez, au Québec, l’expression “faire du shopping” au lieu de “magasiner”, vous passerez pour un ringard !", déclare Diane Tell. Si les chanteurs québécois partagent, avec les artistes anglo-saxons, ce goût pour le show que l’on retrouve dans les comédies musicales, ils restent farouchement attachés à la langue de Molière, avec parfois des coups d’éclat. C’est le cas de Céline Dion. En 1990, au Gala de l’Adiscq, la chanteuse refuse le Félix de la Meilleure artiste anglophone de l’année. Elle déclare, devant le public médusé : "Je ne peux pas accepter ce trophée-là. Ce n’est pas que je ne suis pas fière de mon disque, au contraire. Je pense que le public a compris que je n’étais pas une artiste anglophone, mais une chanteuse québécoise.

Il faut dire que la langue est une question de vie ou de mort pour les Canadiens francophones. Un combat que soutient Francis Cabrel, amoureux du Québec : "J’ai accepté de participer à La Voix. J’ai refusé The Voice et accepté l’émission La Voix parce qu’elle porte un nom français." Aujourd’hui, l’élève semble avoir dépassé le maître. Le Canada serait-il devenu le porte-voix de la chanson francophone ? Si le disque D’eux (1995), de Céline Dion, demeure, avec 11 millions d’exemplaires vendus, l’album francophone le plus vendu au monde, la chanson du Canadien Patrick Watson, Je te laisserai des mots, a dépassé cet automne le milliard d’écoutes sur Spotify, établissant ainsi un record pour un titre en français. Assurément, les bons becs sont du Québec ! 

Canada Mania, vendredi 21 mars à 21h05 sur France. 3

Par
Hacène Chouchaoui