EMMA : “Je me sentais enfin moi”
A plus de 60 ans, cette élégante restauratrice est une femme heureuse et épanouie. Qui pourrait croire que quelques années plus tôt elle s’appelait Emmanuel et vivait l’existence bourgeoise d’un chef d’entreprise, marié et père de trois enfants ? Sur les images de son mariage, en 1983, avec Marie, une danseuse, alors qu’il a 23 ans, le jeune homme apparaît en costume, souriant au milieu des invités. Il ne laisse rien percer du drame intérieur qui le ronge. Plus tard, dans un local dont il est le seul à avoir la clef, le chef d’entreprise se travestit secrètement. « Je me sentais enfin moi », se souvient Emma. Mais cette vie de dissimulation, cette hantise d’être découvert finit par lui peser. « Il y a cette peur de perdre son épouse, sa famille, son boulot et cette crainte d’être ridicule… On n’est pas une femme, mais un homme déguisé en femme », raconte Emma. À 57 ans, elle se décide, enfin, à opérer sa transition et commence un traitement aux hormones. Si la nouvelle a été violente pour sa famille, sa femme est restée et les enfants ont accepté la situation, même si, en privé, ils continuent à l’appeler papa.
À lire également
Alexia Laroche-Joubert évoque l’accès des femmes transgenres au concours Miss France
ZACH : “Cela a semblé logique à tout le monde”
“Je mettais des tee-shirts, des pulls, des manteaux, été comme hiver. Pour masquer la poitrine, pour avoir l’effet d’un torse plat, je portais un binder, une gaine compressive. Ça faisait très mal. » Zach, 20 ans, a très mal vécu son adolescence. Assigné fille à la naissance, il a pris conscience assez tôt de sa dysphorie de genre*. Alors, avec l’accord de sa mère, il fait les démarches pour devenir un garçon. Signe que les mentalités changent, la transition de Zach n’a posé aucun problème à son entourage. « Enfant, on me posait plus de questions sur mon côté garçon manqué que lorsque j’ai décidé d’entreprendre ma transition. Cela a semblé logique à tous. » À 18 ans, après un marathon juridique et administratif, Zach a obtenu l’autorisation de remplacer le F de son état-civil par le M pour masculin.
AËLA : “On est réduit à l’état de créatures”
Aëla, 33 ans, vient d’achever sa transition commencée en 2019. Né Nicolas, cet aîné d’une famille de trois enfants a eu conscience de son identité dès 7 ans, alors qu’il regarde la bande-annonce d’un reportage sur une danseuse chinoise transgenre. Au quotidien, sa féminité exacerbée fait de lui la cible des autres adolescents. Il connaît l’humiliation et le harcèlement. « Toute ma vie, j’ai été exposée à de la violence. Ça a laissé des traces », dit Aëla. Aujourd’hui, la jeune femme souhaiterait que le regard des autres changent : « On est réduit à l’état de créatures, auxquelles on a le droit de faire subir toutes sortes d’humiliation. »
*On estime que 15 000 personnes environ en France seraient atteintes de dysphorie de genre : il s’agit d’un trouble ressenti par les individus dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui leur a été assigné à la naissance.
Trans, uniques en leur genre : jeudi 6 octobre à 21h10 sur M6
Hacène Chouchaoui