L’histoire de Sharon Stone, c’est celle de milliers d’autres femmes, à une différence près, selon l’actrice : son métier lui a offert « plus de visibilité ». Fan de Marilyn Monroe depuis sa plus tendre enfance, la petite fille grandit dans la campagne de Pennsylvanie. Son sens de l’effort et du travail lui permet de rentrer à l’université à 15 ans. Mais Sharon rêve de gloire et enchaîne les concours de beauté avant de devenir mannequin à New York. Rien n’est inaccessible pour la jeune femme qui vise les cieux : c’est Hollywood qu’elle veut.
Woody Allen est le premier à la repérer. Une scène sans dialogues, dans Stardust Memories (1980), et le rouleau compresseur Stone est lancé. Confrontée à la misogynie des studios, l’actrice enchaîne les rôles hautement stéréotypés : blonde ingénue, maîtresse, petite amie, femme fragile. Déterminée à lutter contre la domination masculine, elle convainc le réalisateur néerlandais Paul Verhoeven de l’engager pour le film de science-fiction Total Recall (1990). Dans le rôle d’une espionne, au coup de pied musclé, elle montre l’étendue de ses capacités. Cela ne suffit pas à prouver au Tout-Hollywood qu’elle en a sous le capot.
“JE SUIS UNE STRATÈGE”
Pour gagner ses galons et tenter de décrocher le rôle principal de Basic Instinct – film sulfureux que prépare Verhoeven –, elle s’affiche en Une de Playboy. « Je suis une stratège », confiera l’artiste quelques années plus tard. Catherine Tramel, ce sera elle ! Dans la peau d’une romancière qui tue ses amants à coup de pic à glace, Sharon Stone excelle. Pourtant, face à Michael Douglas, flic à la dérive, elle touchera un salaire ridicule et mènera durant sa carrière un combat sans précédent pour l’égalité salariale homme-femme.
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Au Festival de Cannes, en 1992, tous les yeux sont braqués sur elle. Le soir de la projection officielle, elle pénètre dans le Palais des Festivals, quasi-inconnue, et en ressortira star. Une douzaine des plus grandes actrices de Hollywood – de Julia Roberts à Michelle Pfeiffer – a refusé de faire ce film subversif, aux scènes de sexe explicites. Si la critique est divisée, le public, lui, est au rendez-vous. Par un jeu de jambes, Sharon découvre l’autre facette de la notoriété et affronte les jugements sur ses choix de carrière pas toujours avisés… Hantée à jamais par son personnage dans Basic Instinct, il lui faudra des années et l’ère #MeToo pour raconter les coulisses du film et de la fameuse scène d’interrogatoire, où ses parties intimes seront exposées par Paul Verhoeven, sans son consentement.
ENGAGÉE POUR DE GRANDES CAUSES
Celui qui révélera enfin son talent brut s’appelle Martin Scorsese. Dans Casino (1995) , elle campe une ex-prostituée devenue l’épouse d’un mafieux, incarné par Robert De Niro, et elle brille. Bingo : Sharon Stone décroche une nomination aux Oscars et un Golden Globe de la Meilleure actrice. Sa détermination, elle la met aussi au service des autres. Présidente de l’AmfAR, fondation créée par Elizabeth Taylor pour financer la recherche sur le sida, la divine Sharon récolte des millions lors d’un gala organisé, chaque année, au Festival de Cannes. Surnommée « les plus grosses couilles de Hollywood », elle imposera le jeune Leonardo DiCaprio sur le tournage de Mort ou vif (1995), luttera contre l’invisibilisation des comédiennes de plus de 40 ans. Rien ne l’arrêtera, pas même l’AVC dont elle sera victime en 2001. L’instinct de survie, on vous dit !
Sharon Stone : l’instinct de survie, dimanche 12 janvier à 23h05 sur Arte