Miyazaki, l’esprit de la nature (Arte) – Dans la tête du génie de l’animation japonaise

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 15:46
STUDIO GHIBLI
Le maître du cinéma d’animation japonais a mis du temps à percer, avant d’exploser en mettant en scène ses rêves d’enfant. Portrait d’un génie à la personnalité discrète.

UNE ENFANCE DANS L’OMBRE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

“Je n’étais pas un enfant très doué pour m’exprimer, raconte-t-il d’un ton respectueux. J’ai beaucoup de regrets liés à l’enfance. Je prenais peu d’initiatives. Je n’ai pas profité de cette période autant que j’aurais pu." Hayao Miyazaki a grandi dans un pays dévasté par les bombardements américains et deux bombes atomiques. Une enfance également marquée par la maladie d’une mère alitée, souffrant d’une infection vertébrale due au bacille de la tuberculose, et dont elle décèdera après huit années de calvaire. 

Cette impossibilité d’exprimer par les mots ce qu’il ressentait se traduit d’abord par le dessin. En 1958, Miyazaki, élève de terminale, crayonne des mangas historiques et nihilistes. Pour relâcher la pression des examens, il va au cinéma et tombe sous le charme d’un film d’animation, Le Serpent blanc, produit par le prestigieux studio Toei. Ce conte traditionnel chinois raconte l’histoire d’un garçon amoureux d’un serpent qui se transforme en jeune fille. Sa fascination pour le dessin animé grandit ce jour-là. 

DES DEBUTS COMPLIQUÉS

Quatorze années plus tard, l’occasion lui est donnée de réaliser son rêve. Avec son ami Isao Takahata (futur réalisateur du Tombeau des lucioles, en 1988), rencontré au syndicat des travailleurs du studio d’animation Toei, ils créent Panda Petit Panda, un film encourageant les enfants à être libres. Mais la première véritable création d’Hayao Miyazaki est Le Château de Cagliostro (1979), adapté du manga Lupin III, centré sur le personnage d’Arsène Lupin III. Malheureusement, le succès n’est pas au rendez-vous. En 1981, pour ne pas perdre la face, Miyazaki accepte une coproduction hollywoodienne, l’adaptation de la BD Little Nemo, avec des animateurs de Disney et une équipe japonaise. Re-fiasco : il ne parvient pas à faire valoir ses idées. 

DE L’INSOUCIANCE AU DÉSENCHANTEMENT 

Pourtant, c’est à cette époque que les personnages et les forêts qui peuplent ses rêves resurgissent. En 1981, Miyazaki a 40 ans et il s’attaque à l’adaptation en manga, étalée sur douze ans, de Nausicaä de la vallée du vent, l’histoire d’une héroïne issue de la mythologie grecque, et dont il finira par faire un long-métrage. Au printemps 1984, 900 000 spectateurs japonais tombent sous le charme de sa fable écologique. Miyazaki, Takahata et le producteur Suzuki fondent leur propre studio d’animation, qu’ils baptisent Ghibli, du nom d’un avion militaire des années 1930.

« Mes créations viennent d’idées que j’ai eues durant mon enfance », dit-il. L’une d’entre elles met en scène deux enfants à la recherche d’une cité volante, Le Château dans le ciel (1986). Un arbre géant, le camphrier, lui inspire le film suivant, Mon voisin Totoro (1988), sur un esprit de la forêt. Mais il faudra attendre 1997 pour que Miyazaki soit érigé au rang de génie de l’animation avec Princesse Mononoké, un chef-d’oeuvre illustrant le désenchantement. « J’entends dire que Ghibli est doux et réconfortant. J’ai eu l’envie irrépressible de détruire cette image. » Le film fera plus de 14 millions d’entrées au Japon, avant de séduire à l’international. L’oeuvre de Miyazaki devient universelle. 

Miyazaki, l’esprit de la nature, vendredi 20 décembre à 22h45 sur Arte

 

Par
Thomas Gaetner