Gustave Flaubert naît en 1821, en Normandie, et a grandi auprès d’un père chirurgien et professeur de médecine, dans un logement de fonction, attenant à l’hôpital de Rouen, dans lequel la famille avait emménagé en 1815. Cette proximité avec la maladie et la mort (il observe son père opérer à travers la fenêtre grillagée de la salle de dissection) aura sur l’enfant une influence sur son rapport à la vie et à l’écriture. Pour Alexandre Postel (qui a écrit Un automme de Flaubert), cette cohabitation avec l’univers hospitalier sera déterminante : « Qu’est-ce que la dissection ? C’est aussi révéler la vérité, la vérité de la chair, de la vie et de la mort. C’est ce que Flaubert cherchera à incarner par la littérature. Elle sera pour lui une manière d’accompagner la vie et la mort, de l’épier, de l’observer avec une sorte de froideur maîtrisée. » Dans la correspondance avec sa maîtresse, Louise Colet, Flaubert écrit : « Je n’ai jamais vu un enfant sans penser qu’il deviendrait un vieillard, ni un berceau sans songer à une tombe. La contemplation d’une femme nue me fait rêver à son squelette. »
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ANTICONFORMISTE ET FÉMINISTE
L’écrivain tient en horreur les conventions morales qui corsètent son époque. Son roman Madame Bovary, publié en 1856 dans La Revue de Paris exprimera ce rejet. L’histoire de cette bourgeoise provinciale qui noue des relations adultères pour tromper la banalité de sa vie lui vaudra d’être poursuivi en justice. Un procès pour lequel il sera finalement acquitté. « Une chose l’irritait, explique l’historienne Michelle Perrot, une femme adultère pouvait être condamnée à la prison. Cela le scandalisait ! Flaubert trouve que c’est le sommet de l’esprit bourgeois. Il est, d’une certaine manière, profondément féministe. »
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SENSUALITÉ DE L’ORIENT
S’il fut un célibataire endurci, Flaubert ne dédaignait pas pour autant les plaisirs de la chair. L’homme, bon vivant et hédoniste, eut de nombreuses maîtresses, mais l’amour n’était pas son but dans la vie. Il ne souhaitait pas que son existence, entièrement consacrée à la littérature, soit parasitée par une relation passionnelle. À ce sujet, il écrivait : « Pour moi, l’amour ne doit pas être au premier plan de la vie. Il doit rester dans l’arrière-boutique. Il y a d’autres choses avant lui dans l’âme qui sont, il me semble, plus près de la lumière, plus rapprochées du Soleil […]. Si donc tu prends l’amour comme mets principal de l’existence : non. Comme assaisonnement : oui. » En 1849, il part avec son ami l’écrivain et photographe Maxime Du Camp pour un long périple au Proche-Orient. Il s’abandonne à toutes les voluptés qu’offrent à l’époque ces contrées lointaines. Toute sa vie, il gardera le souvenir de ses virées dans les maisons de plaisir. Il en reviendra émerveillé, mais malade de la syphilis. En 1862, il publie Salammbô, un roman qui se déroule en 300 avant J.-C. à Carthage, en Tunisie. Il y met en scène une princesse au charme envoûtant. Le succès du livre va générer en France une vague orientaliste dans les arts, la mode et les lettres.
Les Docs de la Grande Librairie, mercredi 21 juin à 21h00 sur France 5
H. CHOUCHAOUI