« Le Marineland, c’est vraiment glauque… » : Guillaume Meurice enquête sur les dessous des delphinariums avec Ushuaïa TV

Publié le 10 décembre 2022 à 13:03
Ushuaïa TV
Avec la même impertinence qu’à la radio, sur France Inter, l’humoriste engagé Guillaume Meurice enquête sur le destin des cétacés captifs des parcs aquatiques dans le documentaire "Delphinariums : Game Over ?", à voir samedi 10 décembre sur Ushuaïa TV. Interview.

Comment est né ce projet de documentaire ?

Guillaume Meurice : C’est la boite de production, ZED, qui est venu me chercher. Ils savaient que j’étais le parrain de l’association C’est assez – petit jeu de mots ! – qui milite pour la fermeture des delphinariums. Ils voulaient quelque chose de drôle, qui ne soit pas plombant, et d’incarné. Comme j’étais engagé sur la question depuis pas mal d’années, j’ai rencontré le réalisateur Stéphane Jacques, que je ne connaissais pas du tout, et ça a matché. J’ai dit oui tout de suite !

N’était-ce pas prêcher un convaincu ?

Si ! Et surtout, ils m’ont donné la garantie de la liberté, ce qui était l’un de mes critères. C’était même étonnant… S’agissant du groupe TF1, je regardais ça au départ d’un oeil circonspect. Au final, Ushuaïa TV est une petite équipe, mais ils sont top. C’est un peu le village d’Asterix dans la tour TF1 !

On voit que la direction de Marineland a refusé de s’exprimer dans le documentaire…

Je crois qu’elle avait dit oui au départ. Mais une fois qu’elle a su que je faisais partie du projet, elle a changé d’avis. J’avais fait une chronique sur France Inter sur le Marineland il y a quelques années. Et apparement ils s’en souviennent encore (rires).

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué au cours de cette enquête ?

Franchement, ce n’est pas pour m’acharner, mais le Marineland, c’est vraiment glauque. Les installations sont vieillottes, ils ne font plus du tout d’investissements. Même le parc en lui-même est assez désuet. On y voit les orques tourner en rond… Je n’y étais jamais allé avant, et ça m’a fait vraiment mal au coeur.

Et pourtant, comme vous le disiez, il y a beaucoup d’humour et de dérision dans ce documentaire…

On ne voulait ni plomber l’ambiance, ni faire quelque chose de trop didactique ou moralisateur. Mais il y a quand même du contenu scientifique, puisque nous avons interrogé des vétérinaires, et le prisme politique, avec la loi qui est passée en France (qui interdit les spectacles en delphinariums à partir de 2026, ndlr).

Le titre, "Delphinariums, Game over ?", pose une question. Avez-vous la réponse ?

Il reste une douzaine de parcs en Espagne, et c’est en train de se développer en Chine. D’où le point d’interrogation du titre. On aurait même pu en mettre deux. En revanche, en France, oui, c’est game over, à moyen terme. Avec la loi qui est passée, le Marineland par exemple, ne va plus du tout être rentable. L’opinion public est en train de changer, mais c’est toujours très long. Regardez ce qui se passe avec la corrida en ce moment. En 2022, il y a encore des débats pour savoir si on a le droit d’enfoncer des pics dans un herbivore. Si des extraterrestres nous regardent, ils doivent se marrer.

Le documentaire s’achève sur la question de la réhabilitation de ces animaux à l’état sauvage…

On finit sur les solutions, les sanctuaires… C’est vrai que la question des delphinariums est quasiment plus symbolique qu’autre chose. Ce sont des animaux qui ont bouffé du poisson mort toute leur vie, donc ils ne savent pas chasser. De ce fait, c’est impossible de les remettre dans la nature. Les sanctuaires semblent être une bonne solution intermédiaire pour les déshabituer, puis leur apprendre à se nourrir seuls, se socialiser… Pour les dauphins il existe une solution à Bali, comme on le montre, et peut-être bientôt en Grèce. Mais c’est long à mettre en place. Et pour les orques il n’existe aucune solution. C’est une grosse problématique.

Sensibiliser le public avec ce genre de documentaire, c’est selon vous la clef pour que la condition animale aille vers le mieux  ?

L’idée est effectivement de faire de la pédagogie. Quand on ne sait pas comment vivent ces animaux à l’état naturel, on peut très vite passer à côté du fait qu’ils sont malheureux en captivité. A l’état sauvage, ces animaux sociaux vivent en groupe, communiquent énormément. Les gens qui ne sont pas au courant de tout ça vont dans un delphinarium et se disent qu’ils ont l’air heureux. En plus, ça sourit tout le temps un dauphin !

Pensez-vous qu’on soit sur la bonne voie ?

C’est difficile à dire, mais étant d’un naturel optimiste, j’aurais tendance à répondre oui. Comme j’ai des parents écolos, j’ai vraiment été élevé avec ces thématiques. Mais à l’époque, ce n’était pas à la mode du tout. Mes parents passaient pour des hurluberlus. Aujourd’hui, on en parle beaucoup plus.

Quel est votre prochain projet ?

J’ai commencé à travailler sur un livre. Toujours à propos des orques, qui me passionnent. Il faut savoir qu’aucun orque n’a jamais attaqué un humain à l’état naturel. Ce sera donc un polar, avec comme point de départ quelqu’un qui est retrouvé mort sur la plage avec des blessures caractéristiques d’une attaque d’orque. Je vais débuter l’écriture en 2023.

Vous venez également de débuter une nouvelle émission, intitulée Tournée générale

La première a eu lieu le 24 novembre au Café de la danse. Ça sera tous les mois sur Blast, et je n’invite que des gens que j’aime bien : humoristes, chanteurs… Il y a aussi eu un copain astrophysicien qui est venu expliquer les trous noirs, et Sandrine Rousseau pour l’interview politique. C’est une émission en direct et en public. Je me suis bien marré en maitre de cérémonie, on va essayer de développer ça.

Le documentaire Delphinariums : Game Over ? est diffusé le samedi 10 décembre 2022, à 20h45 sur Ushuaïa TV.

Interview Camille Sanson

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