La banlieue, c’est le paradis (France 2) – Mohamed Bouhafsi retrace 70 ans d’histoire des banlieues

Publié le 18 février 2025 à 9:12
© Troisième oeil productions
Chroniqueur dans C à vous, sur France 5, et ancien journaliste sportif, Mohamed Bouhafsi dresse une histoire des « quartiers » en France.

 “Cité des Francs-Moisins, à Saint-Denis (93). C’est là que j’ai grandi, explique le journaliste Mohamed Bouhafsi (2), en prélude à ce documentaire. Y revenir, c’est découvrir cette âme particulière. Ici se sont jouées soixante-dix années d’histoire des banlieues" En 1952 s’opère le développement industriel de l’après-guerre avec des besoins massifs de recrutement en ouvriers spécialisés. Dans les années 60, de nombreux immigrés quittent notamment les pays du Maghreb pour la France. Mais le rêve d’un avenir meilleur s’arrête aux plaques de tôle ondulée des bidonvilles qui fleurissent partout dans l’Hexagone, notamment en banlieue parisienne.

« Le mal est connu : on observe une concentration excessive, un déséquilibre et du désordre dus aux bidonvilles, explique à la télévision Marcel Diebolt, nommé en 1958 secrétaire général de la préfecture de la Seine. Deux objectifs sont à atteindre : remettre de l’ordre dans tout cela en construisant plus, moins cher et mieux. Pour résoudre le problème, une seule solution s’offre à nous : construire, par paquets, des milliers de grands ensembles d’habitations. » 

Des barres d’immeubles sortent alors de terre au début des années 70, autour des grandes villes de France. « Les plans de ces ensembles sont une organisation à angle droit, comme une peinture de Kandinsky », explique l’architecte et urbaniste Michel Cantal-Dupart. À cette époque, tout le monde est ravi de s’installer dans les « quartiers ». Malgré l’ambiance conviviale qui y règne, il devient déjà urgent, pour ses jeunes habitants, de réussir à s’en extirper. « Ce qui devait être, dans les années 70, une politique de logement transitoire, explique Mohamed Bouhafsi, s’est rapidement transformé en une mécanique dont on ne parvient plus à sortir… » 

LE RÊVE D’UNE VIE MEILLEURE 

Au cours des années 70, 80 et 90, certains glissent sur le terrain de la délinquance, de la drogue et des rixes. « J’ai été surveillante à Romainville et Pantin (93), se souvient l’actrice Lyna Khoudri,, qui a vécu à Aubervilliers. Je n’ai vu que des petits qui rêvaient de s’en sortir. » Mais difficile de passer des rêves à la réalité d’une vie meilleure. « Quand, comme moi, poursuit le réalisateur Franck Gastambide, originaire de Melun (77), tu es en échec scolaire, tu es une déception pour ta famille, tu sais que tu n’auras pas accès à des diplômes et donc à des bons métiers, tu es à un cheveu de devenir un délinquant. Et je sais que c’est le chemin… ».

Les banlieues s’embrasent au début des années 80. Pourtant, à l’été 1983, une marche pour l’égalité et contre le racisme est organisée après que Toumi Djaidja, un leader des jeunes du quartier des Minguettes, à Lyon, s’est fait tirer dessus par un policier. Ce mouvement pacifiste va s’étendre de Marseille à Paris. En 1989, des architectes sont missionnés pour changer les contours bétonnés des banlieues. Des barres d’immeubles sont détruites. Puis c’est au tour de Bernard Tapie, fraîchement nommé ministre de la Ville, en 1992, d’entrer en scène, avec des mesures comme la participation d’entreprises privées dans le développement des banlieues… Sans succès. Trente années ont passé. Nos politiques cherchent encore ces fameuses « clés du paradis ». Les trouveront-ils un jour ?   

La banlieue, c’est le paradis, mardi 18 février à 21h10 sur France 2

Par
Thomas Gaetner