“Tarlouze, tapette, tafiole, pédé ou PD, pédale, etc.", l’acteur Vincent Dedienne, coauteur et narrateur un brin sarcastique de ce documentaire, égrène comme un chapelet la liste des qualificatifs déjà entendus, par rapport à son orientation sexuelle. Avec un petit faible, dit-il, pour « tafiole ». De l’ironie et beaucoup d’humour, il en a fallu, et il en faut encore, comme le montre ce film, lorsque l’on est homosexuel, lesbienne, bisexuel ou pansexuel (l’attirance pour un individu, indépendamment de son sexe ou de son genre, ndlr), en France. Ils et elles se nomment Sylvain, Arwen, Catherine, Gabriel, Angèle, Oussem, Léontin, Laure, Bernard, Mfaomé, Paloma, Jean-Baptiste ou encore Gérard. Et tous témoignent à visage découvert. L’un a été joueur de football professionnel, l’autre ambassadeur de France aux États-Unis, deux sont des chanteuses célèbres, certains sont lycéens ou étudiants, l’une est paysagiste… Autant de personnalités montrant la diversité des situations, et partageant un vécu assez similaire, comme le pointe ce film d’Aurélia Perreau (réalisatrice de Noirs en France, diffusé en 2022).
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EN FRANCE, LE COMING OUT CENSURÉ DANS DYNASTIE
Dans une émission médicale diffusée en 1973, et sans doute l’une des toutes premières consacrées à l’homosexualité en France, celle-ci est dépeinte comme une maladie. Pour mémoire, l’homosexualité sera considérée comme une pathologie psychiatrique jusqu’en 1992. Anecdotique, mais étonnant : quand la série américaine Dynastie est diffusée dans l’hexagone, en 1983, et que l’un des personnages (Steven Carrington, incarné par Al Corley) y fait son coming out auprès de sa famille, la version française est modifiée pour que le terme gay n’y apparaisse pas. À la place, on entend le personnage exprimer : « Je ne suis pas comme vous tous. » Et, dans l’assemblée, l’une de ses proches ne dit pas « Steven est gay », mais « Steven est malade ».
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LE PUISSANT CLICHÉ DE LA CAGE AUX FOLLES
Le présentateur Jean-Baptiste Marteau, joker de Laurent Delahousse au 20 h de France 2, évoque cette difficulté à s’identifier à des modèles lorsque l’on est homosexuel, rappelant Michel Serrault campant avec brio Albin, alias Zaza, dans La Cage aux folles, en 1978 : « Mais moi, je ne me reconnaissais pas dans cette caricature. » Lorsque le journaliste fait son coming out, dans le restaurant où il déjeune avec sa mère, celle-ci pousse un grand cri et frappe sur la table de dépit. « Je pense qu’elle s’inquiétait surtout pour la vie qui m’attendait. » Quant à Angèle, la chanteuse belge, bisexuelle, elle rappelle que son coming out lui a été volé, lorsque des photos d’elle et de sa compagne ont été dévoilées par un magazine people. Une blessure, notamment par rapport à ses proches, comme sa grand-mère, qui ne connaissaient pas son orientation sexuelle. Hugo Bardin, plus connu sous le nom de Paloma, drag-queen et vainqueure de la saison 1 de Drag Race France, raconte son propre coming out, avec dérision : « Ma mère épluchait des carottes. Je lui ai dit : “Maman, j’ai un truc à te dire : j’aime les garçons.” Elle a continué à éplucher ses légumes et m’a répondu : “Pfff… Je le sais depuis que tu as 4 ans.” »
Homos en France, mardi 16 mai à 21h10 sur France 2
FRÉDÉRICK RAPILLY