“On ne s’habitue jamais, il y a toujours une émotion. Je me sens comme aspirée par ces images, je peux passer des heures à les regarder. C’est comme admirer un tableau de Raphaël ou de Léonard (de Vinci, ndlr)", déclare la préhistorienne Carole Fritz, membre de l’équipe scientifique qui étudie la grotte Chauvet depuis 1998. Découverte le 18 décembre 1994 par les spéléologues Éliette Brunel, Christian Hillaire et Jean-Marie Chauvet, cette profonde cavité rocheuse, située dans les gorges de l’Ardèche, détient le record de la grotte ornée la plus vieille du monde.
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Selon une datation au carbone 14, les peintures les plus anciennes ont 33 000 ans, soit 13 000 ans de plus que celles de Lascaux. Des chevaux, des bisons, des lions des cavernes, des aurochs, des ours, des rhinocéros, des mammouths courent sur les parois. Au-delà du témoignage émouvant et précieux de nos lointains ancêtres, c’est la qualité artistique des oeuvres qui bouleverse scientifiques et historiens de l’art. Jusqu’à cette découverte, la théorie dite de « l’enfance de l’art » du Français André Leroi-Gourhan faisait autorité. L’illustre préhistorien, décédé en 1986, pensait que l’Homo sapiens avait connu un processus de maturation artistique long et progressif, pour aboutir aux merveilles de Lascaux.
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Or, Chauvet démontre le contraire. Treize mille ans plus tôt, les artistes de la grotte ardéchoise témoignaient déjà d’une virtuosité, d’une maturité et d’une créativité qui rivaliseraient aujourd’hui avec les grands maîtres contemporains. Rien des techniques picturales ne leur était inconnu. Ainsi, le recours au sfumato (ou l’art de l’estompe) a été mis en évidence. Cette technique consiste, dans un premier temps, en l’application d’une marque charbonneuse sur la paroi, puis dans un second temps, de la repousser et de l’étaler avec le doigt ou un outil afin de donner plus de profondeur et de relief au dessin.
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FABULEUX BESTIAIRE
Le talent des artistes de l’Aurignacien (culture du Paléolithique supérieur, présente au Moyen-Orient et en Europe, et débutant vers 43 000 ans avant notre ère) culmine dans le panneau des lions. Cette fresque spectaculaire, longue de plus de 10 m, est un concentré de leur savoir-faire. Elle fait dire au préhistorien Marc Azema : « Les artistes aurignaciens cherchaient à nous raconter une histoire. Ces compositions sont mises en scène […] Ce qui est exceptionnel, c’est la présence de certains animaux avec des pattes et des têtes multiples, comme pour décomposer le mouvement en plusieurs images. Cela relève d’une modernité folle, qui nous laisse penser qu’à Chauvet, nous sommes peutêtre aux origines du cinéma. » Pour le spécialiste, cette fresque animalière, qui s’achève par la capture du bison et sa mise à mort par le lion au-dessus d’une vulve symbolique, pourrait représenter le cycle de la vie : chasser pour vivre et se régénérer. On peut y voir un message des chasseurs-cueilleurs aux générations futures : la Terre n’appartient pas à l’Homme, c’est l’Homme qui appartient à la Terre.
Chauvet, voyage aux origines, jeudi 27 mars à 21h05 sur France 5