Combien de temps a-t-on réellement pour mettre en place sa politique, lorsque l’on devient président de la République française ? Sept ans, comme la durée des premiers mandats de la Ve République ? Ou cinq, comme depuis l’entrée en vigueur du quinquennat, en 2002 ? Ou moins ? Beaucoup moins ? Les grands témoins interrogés, anciens présidents (3), anciens Premiers ministres (7), militaires, hommes politiques d’envergure ou encore spécialistes de la Ve République, s’accordent tous sur le chiffre de… cent. Cent jours ! Soit un peu plus de trois mois. Ce serait le temps véritable dont disposerait un homme/une femme politique pour marquer de son empreinte sa présidence. Et peu importe que l’on se nomme Charles de Gaulle, François Mitterrand ou Jacques Chirac, pour n’en citer que quelques uns. Comme le rappelle Ségolène Royal, plusieurs fois ministre et candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2007, cette théorie des Cent jours est, en fait, empruntée à un Américain : Franklin Delano Roosevelt, 32e Président des États-Unis, entré en fonction en 1933, et surtout connu comme l’artisan du New Deal. Il a développé cette idée forte qu’il faut profiter de l’état de grâce qu’amène l’élection pour lancer un maximum de réformes, et donner le « la » de sa politique à venir.
Chacun veut imprimer sa marque, son style
Premier président de la Ve République, élu le 21 décembre 1958 avec 78,51 % de voix au suffrage indirect, à l’époque, de Gaulle va ainsi durablement imprimer de sa marque toute une décennie. En agissant fort et vite. Il veut utiliser ces cent jours pour replacer la France, qui siège pourtant déjà au Conseil de sécurité de l’ONU, au rang des grandes puissances, et aussi lui redonner du lustre et de l’autorité. Pour ce faire, il n’hésite pas à utiliser les médias. La cérémonie de son investiture est, par exemple, retransmise à la télévision. On le voit arriver en habit et recevoir le grand collier de la Légion d’honneur, comme une sorte de couronnement républicain. Une tradition reprise par l’un de ses successeurs, Georges Pompidou, mais simplifiée ensuite par Valéry Giscard d’Estaing. Celui préférera se faire présenter le collier et ne pas le porter.
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Chaque Président cherche à imprimer son style, sa marque. De Gaulle crée un ministère de la Culture trois semaines après son investiture et y nomme son ami André Malraux. Il est persuadé qu’à côté de la possession de l’arme nucléaire (et de la puissance que cela confère), le rayonnement de la France dans le monde passe par ses écrivains, ses musiciens, ses artistes. De son côté, Jacques Chirac, élu le 7 mai 1995, fait un discours historique le 16 juillet, qui reconnaît « la faute collective » de la France à l’occasion du 53e anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv. Et, en parallèle, malgré un tollé dans l’Hexagone et à l’étranger, il décide d’une ultime campagne d’essais nucléaires. Toujours dans le laps de temps de ces fameux cent jours. Car, comme l’indique Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre : « Si vous ne faites pas les réformes difficiles à ce moment, en début de mandat, vous ne pourrez pas, ou plus, les faire après ! »
Frédérick Rapilly