Caroline Darian, la fille de Gisèle Pelicot témoigne sur France 2 : « La soumission chimique, c’est le stade ultime de la domination masculine »

Publié le 21 janvier 2025 à 7:51
© Capa
Au côté de Caroline Darian, la fille de Gisèle Pelicot, six victimes de soumission chimique témoignent pour éclairer sur cette violence restée trop longtemps invisible. Bouleversant et nécessaire.

“La soumission chimique, c’est le stade ultime de la domination masculine", narre Caroline Darian, qui porte ce documentaire choc. Toutes les personnes droguées pour être violées l’ont éprouvée dans leur chair. « Chosifiées » par leurs tortionnaires, dépouillées de leur libre arbitre, elles ont perdu la maîtrise de leur corps et, souvent, de leur esprit, privé de souvenirs. Un calvaire subi durant dix ans par la mère de Caroline, Gisèle Pelicot, que son ex-mari a livrée, inconsciente, à des dizaines de prédateurs, aujourd’hui condamnés à l’issue d’un procès historique. 

Celui-ci court en fil rouge de ce film choral, réalisé par Linda Bendali, qui donne par ailleurs la parole à cinq femmes et un homme, eux aussi chimiquement soumis. L’objectif ? Informer et déconstruire les idées reçues sur « ce phénomène massif et systémique », dénoncé par Caroline Darian dans son livre Et j’ai cessé de t’appeler Papa et son association #MendorsPas. « C’est un documentaire d’utilité publique, qui lève le voile sur un fait de société très sousestimé et beaucoup plus répandu en France qu’on ne le pense, martèle la quadragénaire, convaincue d’avoir été sédatée et abusée par son père. Je suis fière d’en faire partie aux côtés des autres victimes. » 

Leurs histoires révèlent les différents contextes où « l’arme secrète des agresseurs » est utilisée. « Ce n’est pas juste dans le cadre festif, mais aussi dans la sphère familiale, amicale et professionnelle. » En témoigne Zoé, 33 ans, droguée et violée une nuit de Fête de la musique, dont elle ne se rappelle pas. Il y a Céline , 46 ans, qui a oublié ces heures où son patron l’a « possédée », après avoir versé des somnifères dans son cocktail. C’est aussi le cas de Katia , 53 ans, agressée par un banquier lors d’un séminaire de travail. Ou Lilwenn, 16 ans, que son père incestueux a endormi pendant des années en mélangeant des cachets à ses yaourts. Rénald, 48 ans, et Léa, 22 ans, eux, se souviennent des tortures subies, l’esprit conscient, mais le corps paralysé, après avoir bu un verre. 

“C’EST LE VIOL PARFAIT” 

Avec courage et dignité, ils ont accepté de raconter leurs traumatismes à visage découvert pour sensibiliser, tenter de « fermer le livre », ou « mettre du sens là où il n’y en a pas ». Ils disent leur sentiment de dépossession, leur désespoir ou leur honte. Leur colère, aussi, à l’instar de Katia, qui a vu son agresseur acquitté au bénéfice du doute : « C’est le viol parfait, qui ne laisse pas de trace. » Car la seule façon de confondre les coupables est l’analyse séquentielle des cheveux. Elle est réalisée si les victimes portent plainte, mais les avocats doivent en faire la demande. Or, ils ne connaissent pas tous cette procédure. D’où l’importance de les former. Tout comme les soignants, qui peinent à identifier les symptômes de cette soumission.

« Ma mère était fatiguée, oubliait des choses. Et, pendant des années, les médecins n’ont rien vu », déplore Caroline Darian, qui travaille avec la députée Sandrine Josso dans le cadre d’une mission gouvernementale sur le sujet. « Il faut que nos politiques s’en emparent pleinement. Si on veut faire bouger les lignes en matière d’accompagnement et de prise en charge, voire de détection des victimes, on a besoin d’un vrai plan Marshall. » Ce documentaire en est la première pierre. 

Soumission chimique : pour que la honte change de camp, mardi 21 janvier à 22h10 sur France 2

Par
Katia de la Ballina