Bruce Springsteen, les débuts du Boss
“Je n’ai jamais vraiment été un musicien révolutionnaire, explique Bruce Springsteen en interview, lorsqu’il évoque sa façon de composer à la guitare. Mais j’ai mis en commun plein de trucs, et, au moins, j’avais les riffs…" Comme le rappelle le réalisateur Thomas Boujut dans ce film, sous-titré Le chanteur qui murmurait à l’oreille de l’Amérique, la carrière de la star n’a pas été qu’un long fleuve tranquille. Il lui aura fallu une dizaine d’années pour écumer toutes les salles de concert de la Côte Est des États-Unis avec le groupe qui le soutenait, The E Street Band, et pas moins de deux disques avant de décrocher la timbale avec Born to Run.
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Bruce Springsteen : "J’ai bossé comme un chien"
"C’était l’album de la dernière chance, raconte le chanteur. J’avais sorti deux disques qui n’avaient pas trop marché, même si je n’en revenais pas que près de 25 000 personnes les aient achetés et écoutés. Manifestement, ce n’était pas assez. Pour Born to Run, je n’arrivais pas à trouver les bons mots. J’ai bossé comme un chien et à force, c’est devenu ce bon gros morceau." La presse américaine s’emballe et multiplie les couvertures. Le magazine Time titre : « Rock’s New Sensation » (La nouvelle sensation du rock, en français). Tandis que Newsweek annonce en majuscules : « Making of a Rockstar » (La naissance d’une rock star). « Mon père m’appelait au téléphone, se souvient le chanteur, et me demandait : “Mais ils n’ont qu’une seule photo de toi ou quoi ?” »
Robert de Niro l’imite dans Taxi Driver : "You talkin’ to me ?"
À l’époque, Bruce est moustachu, barbu, les cheveux hirsutes. Une gueule à la Al Pacino, l’acteur à la mode, remarqué dans le Serpico de Sidney Lumet. Un look qui parle à l’Américain moyen dans un pays déboussolé, s’interrogeant sur ses rêves de grandeur, alors que les dernières troupes présentes au Vietnam sont obligées de quitter le pays. Porté par le succès, Bruce se lance dans une tournée à travers l’Amérique avec les fidèles musiciens de l’E Street Band. Chaque soir, les groupies se jettent sur lui, tentent de l’enlacer, l’embrasser.
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Alors qu’ils tournent Taxi Driver, Martin Scorsese et Robert de Niro assistent à l’un des concerts. Comme l’atteste un film amateur, Bruce se lance dans un monologue et lâche au micro : « You talkin’ to me ? » La formule fait mouche auprès de Robert de Niro, qui la reprend pendant une impro sur le tournage. Elle deviendra l’une des répliques les plus connues du cinéma, et sera reprise en français par Vincent Cassel dans le film La Haine.
"Born in the U.S.A" : la consécration
Une anecdote qui en dit long sur l’influence culturelle du chanteur, qui signera quelques années plus tard Born in the U.S.A, chanson paradoxale écrite pour évoquer le difficile retour des vétérans du Vietnam au pays. Les Républicains, Ronald Reagan en tête, en feront un hymne patriotique à l’Amérique triomphante, au grand dam de son auteur. Celui-ci n’aura de cesse de redonner à ce morceau son sens originel, celui d’un chant contestataire symbolique. Rien qu’aux États-Unis, la chanson, qui n’a pourtant jamais été numéro 1, s’est vendue à plus de trois millions d’exemplaires.
Bruce Springsteen, le chanteur qui murmurait à l’oreille de l’Amérique, mercredi 31 juillet à 22h50 sur Arte