“Qu’est-ce qu’on mange ici ? » On a beau être un baroudeur comme François Pécheux, le ventre exige parfois des arrêts impromptus pour satisfaire son appétit. À Granada, sur le bord du lac Cocibolca, où le fleuve San Juan prend sa source, le plat local se nomme le « vigorón ». De la peau de cochon passée à la friteuse, croustillante comme des chips, du manioc et un peu de salade de chou, le tout emballé dans une feuille de bananier. Les années passent, et dans cette saison inédite de sa série documentaire Au bout c’est la mer, qui compte quatre numéros, l’espagnol parlé par François est toujours aussi approximatif, mais ce n’est pas grave. Au Nicaragua, où il est parti pour suivre, jusqu’à l’océan Atlantique, le cours du fleuve San Juan (191, 192 ou 197 km de long, selon les estimations), son sourire et son goût des autres suffisent à ponctuer sa balade fluviale de jolies rencontres. Et à savourer quelques spécialités.
“Aujourd’hui, on pêche le tarpon au harpon”
L’émission pourrait (presque) être rebaptisée Qu’est-ce que tu manges ? Au sud du lac Cocibolca, François, devenu « Francisco » en espagnol, fait la rencontre de Darwin, dans un bar sur pilotis surplombant le fleuve. « Y’a des poissons ici ? », lui demande l’explorateur. « Oui, avant il y en avait vraiment beaucoup plus, répond Darwin. Aujourd’hui, on pêche le tarpon…» C’est le prétexte pour une improbable partie de pêche au harpon, dès 5 heures du matin, sur le fleuve. Dans une ambiance proche du film Apocalypse Now, alors que les brumes flottent sur la jungle et à la surface de l’eau, François rejoint Darwin et ses amis pour tenter de harponner ces gros poissons, que l’on guette en observant les vaguelettes sur le fleuve. En vain. Comme le fait remarquer François, en fin de journée, à un Darwin plutôt agacé : « La pêche, en fait, ça consiste surtout à passer beaucoup de temps à discuter et à se rappeler quand ça marchait, non ? » La journée se conclura par un bon repas : une assiette de tarpon, un peu de manioc et une bière au bord du fleuve. Plus tard, après avoir passé un temps infini sans apercevoir une seule habitation en lisière de la jungle, François, subjugué par cet « océan vert », est pris en charge par Margarito, un vieil Indien de la tribu des Rama.
La chasse à l’iguane
L’occasion se présente d’aller chasser l’iguane dans un méandre du fleuve, avec, pour tout équipement, un simple bâton long équipé d’un noeud coulant. Une parenthèse enchantée qui s’achève par un nouveau repas traditionnel, et la découverte d’une autre spécialité locale : l’iguane, servi avec une sauce coco et une boisson au cacao. « Rico ! » C’est bon, en espagnol ! Enfin, dans une atmosphère magique et tranquille, notre aventurier découvrira l’endroit où se noie le fleuve San Juan, mêlant ses eaux à celles plus agitées de l’Atlantique.
Frédérick Rapilly