Le ciblage politique – qui consiste aux partis politiques de faire appel à des sociétés privées pour influencer les citoyens – était au coeur d’une enquête événement intitulée "Big data : Quand les politiques nous ciblent !", programmée pour ce jeudi 7 avril en prime time. Mais, coup de théâtre, France Télévisions a annoncé ce mardi avoir fait une erreur de programmation et a décidé de reporter la diffusion du reportage au 5 mai prochain. "Une diffusion à 24 heures de la période de réserve absolue des candidats ne permet pas le respect des règles d’équité prévues par le code électoral", estime la direction du groupe audiovisuel, faisant référence au premier tour de l’élection présidentielle qui aura lieu le 10 avril.
Contactée par nos confrères de puremedias.com, la rédaction de Complément d’enquête a exprimé sa "stupeur". "On est choqué et on tombe de l’armoire car la direction était informée depuis plusieurs semaines de cette programmation. On ne comprend pas cette décision prise à seulement deux jours de la diffusion et alors que les bande-annonces tournaient déjà !", a commenté l’un des membres de la rédaction. Il faut admettre que la date du premier tour était déjà connue lors de la programmation de l’émission de France 2…
Instrumentalisation politique ?
Un reporter de Complément d’enquête estime d’ailleurs que la raison de la déprogrammation n’est tout simplement pas valable : "Le reportage était juridiquement béton. On a même retourné exprès des séquences pour respecter, à la minute près, l’égalité des temps de parole". Un autre employé s’agace : "Pourquoi avoir attendu deux jours avant sa diffusion pour s’en préoccuper ? C’est une impréparation inédite !". D’après puremedias.com, la rédaction de Complément d’enquête a alerté la Société des journalistes (SDJ) de France 2, qui a demandé une rencontre avec la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte. Une diffusion avant le premier tour présidentiel serait en effet d’utilité publique.
Les journalistes reconnaissent bénéficier d’une "véritable indépendance". Mais France 2 était la seule grande chaîne snobée par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, un reporter confie qu’il fait le lien entre ces deux éléments : "Le président de la République n’a visiblement pas aimé certains sujets de Complément d’enquête. Concomitante, même si elle n’est peut-être pas liée, la décision d’aujourd’hui de la direction apparaît forcément maladroite et interroge sur un risque d’instrumentalisation politique".
Hugo Mallais