“On commente sans lire” : Julian Bugier évoque “le risque” des chaînes d’info en continu

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 11:27
Domine Jerome/ABACA
Dans un paysage médiatique saturé par l’instantané, Julian Bugier veut remettre la réflexion au cœur du débat. À l’occasion du lancement de La Grande Séance sur La Chaîne parlementaire – Assemblée nationale, l’animateur dénonce une "société de réaction" où "on commente sans lire, on n’écoute plus".

Julian Bugier s’apprête à lancer une nouvelle émission sur La Chaîne parlementaire – Assemblée nationale : "La Grande Séance". Le concept ? Un grand film suivi d’un débat approfondi pour prendre le temps d’aborder les grands sujets de société. Pour la première, prévue autour de La Haine, l’animateur a choisi d’explorer les fractures sociales et les réalités des banlieues françaises.

Julian Bugier va animer ne nouvelle émission

"Cela fait plusieurs années que j’anime sur le service public des émissions en lien avec les grands débats de société. J’ai présenté pendant dix ans La Soirée continue sur France 2, construite autour d’un documentaire ou d’un téléfilm suivi d’un plateau de discussion", rappelle Julian Bugier dans les colonnes de Télé Cable Sat. Pour lui, cette nouvelle aventure s’inscrit dans une même volonté de créer de l’espace pour réfléchir.

"Ces sujets de société, structurants pour la France, m’ont toujours passionné. Quand j’ai rencontré Nicolas Daniel, directeur éditorial de LCP-AN, il m’a proposé ce projet, et j’ai tout de suite dit oui. Cela correspond à mes convictions profondes : dans un monde où tout va vite, où les injonctions à se positionner sont permanentes, il est vital de redonner du temps à la réflexion", a-t-il détaillé. 

Le risque de l’info en continu

L’animateur connaît bien la thématique abordée pour ce premier numéro. Il était sur le terrain lors des émeutes de 2005. Il s’est souvenu : "Je revenais de Londres et je travaillais alors sur l’économie. Je me souviens surtout d’une société déjà fragmentée. Vingt ans après, les problèmes persistent : pauvreté, inégalités, narcotrafic, mobilité difficile, sentiment d’abandon. La politique de la ville s’est essoufflée. Il faut en parler autrement avec du fond, du temps et du recul". 

S’il reconnaît que les chaînes d’information ont profondément changé le paysage médiatique, Julian Bugier alerte sur leurs dérives potentielles. "Je suis un enfant de CNN, BBC, LCI, iTélé. À la création de BFM TV, beaucoup doutaient, c’était pourtant le sens de l’histoire. Désormais, l’information est continue et connectée. Le risque, c’est d’aller plus vite que l’info", a-t-il analysé. Et de reprendre, grave : "Ce qui m’inquiète surtout, ce ne sont pas les chaînes d’info mais la société de réaction : on commente sans lire, on n’écoute plus. Or, il me semble que l’intelligence commence par l’écoute"

Par
Kahina Boudjidj