"J’ai des convictions, mais les contenus du groupe Canal n’ont qu’un objectif : servir ses abonnés ou ses téléspectateurs. […] CNews a du succès car elle dit la vérité et c’est un espace de liberté (…) CNews n’est pas une chaîne d’opinion, mais d’information, le Conseil d’État et l’Arcom le disent", clamait Vincent Bolloré le 14 mars dernier lors de son audition devant les députés de la Commission d’enquête sur l’attribution de la TNT. Mais certains membres ou ex-membres de la rédaction de la chaîne d’info ne sont pas sur la même longueur d’ondes que leur célèbre patron et ils n’ont pas hésité à le dire dans une longue enquête publiée par Médiapart.
Ce que reprochent certains journalistes de CNews à la chaîne info
La trentaine de journalistes, ou ex-figures, de CNews qui témoignent auprès de nos confrères ont décidé de le faire anonymement pour éviter les représailles ou de se retrouver devant la justice pour ne pas avoir respecté leur clause de non dénigrement. Et ceux qui ont accepté de prendre la parole n’hésitent pas à qualifier la chaîne de "fabrique quotidienne de la haine". Pour eux, "l’opinion primerait sur l’information" et la chaîne n’hésiterait pas à "tordre les faits pour coller à une ligne ultra-réac".
Certains se reprocheraient même d’avoir "aidé à lancer un monstre" et accuseraient la direction de la chaîne info de "passer sous silence" certains sujets d’actualité ou de les "traiter en retard" comme la condamnation de Jean-Marc Morandini en 2023 ou les violences policières. "J’ai observé́ CNews passer d’une chaine passablement de droite à une chaîne carrément d’extrême droite", clame un ancien reporter tandis qu’un autre affirme : "N’étant ni catholique, ni xénophobe, ni réactionnaire, j’ai décidé de démissionner l’an dernier".
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Le rôle des éditorialistes de CNews pointé du doigt
"Des exclusivités sont signées avec des éditorialistes, très majoritairement de droite et d’extrême droite, qui se voient garantir des quotas d’interventions hebdomadaires", affirme aussi un proche de la chaîne. "L’idéologie de CNews s’exprime mieux en plateau. La direction s’est rendu compte qu’il était plus difficile de travestir la réalité en reportage", précise un salarié de la chaîne.
Un reporter détaille de son côté le rôle joué par les éditorialistes sur la ligne directrice de la chaîne. "On ne nous demande pas vraiment du reportage, mais plutôt du prêt à débattre pour lancer les plateaux (…) J’ai déjà fait un duplex et assuré à une manifestante qu’elle était en direct sur Canal+, alors que c’était pour CNews". "On fait beaucoup de faits divers, comme les autres chaînes. Notre différence, c’est qu’on apporte une lecture politique. On décrit une France à feu et à sang et on désigne des responsables : l’immigration, les musulmans, les jeunes de banlieue", accuse enfin un journaliste.