« C’est la faillite d’un système » : Un syndicat de France Télévisions interpelle sa direction après les erreurs à répétition du JT de France 2

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 11:28
France 2
À la suite de l'erreur de la rédaction des journaux de 13h et 20h de France 2 pour leur hommage à Dominique Bernard, un syndicat de France Télévisions s'en est pris à sa direction.

La crise se poursuit à France Télévisions. Le 13 octobre dernier, les JT de 13h et de 20h de France 2 ont commis une grosse erreur en direct. Dans leur hommage à Dominique Bernard deux ans après sa mort, la rédaction de la chaîne s’est trompée en confondant les circonstances de l’assassinat du professeur d’Arras avec celui de Samuel Paty, tué trois ans plus tôt à Conflans-Sainte-Honorine. La polémique a enflé, puisque malgré la faute déjà commise dans le 13h de Julian Bugier, les équipes du JT ne se sont pas corrigées, entraînant la diffusion d’une nouvelle erreur à 20h avec Léa Salamé.

"Le navire amiral du 20h est en train de couler"

La goutte d’eau pour la CGT de France Télévisions. Dans un communiqué publié ce mercredi 15 octobre, le syndicat a dénoncé les erreurs à répétition qui ont lieu depuis la rentrée dans les différents JT de France 2 : "Le navire amiral du 20h est en train de couler. Avec lui, c’est la forteresse de la direction de l’Information qui s’écroule, c’est la faillite d’un système forgé pendant plusieurs dizaines d’années au sein de l’antenne de France 2. Ploutocratie, méritocratie, endogamie, réseau, élitisme, c’est ce cocktail toxique qui explose aujourd’hui. Quand Léa Salamé, après quinze minutes de journal le 13 octobre 2025, commente un off consacré au terrible anniversaire de l’assassinat de Dominique Bernard, elle refait la même erreur que son collègue Julian Bugier quelques heures plus tôt au 13h, en confondant son nom avec celui de Samuel Paty, malheureuse victime lui aussi des islamistes extrémistes. La même erreur, deux fois. Malgré toute la cohorte de chefs et directeurs qui relisent la moindre virgule. C’est grave !"

Par la suite, la CGT de France Télévisions a déploré l’absence de réactivité de la chaîne : "C’est encore plus grave quand une directrice et un rédacteur en chef présents en régie sont informés de l’extérieur de l’erreur, mais décident de ne pas faire de rectificatif en direct à la fin du JT. Cela peut paraître incroyable, mais c’est la réalité." Le syndicat a exigé des changements dans le traitement de l’information au sein du service public : "La CGT met en garde la direction : qu’elle n’essaie pas de créer la diversion en faisant sauter des fusibles, comme à son habitude, il faut qu’elle assume pleinement ses responsabilités. Car ce dernier incident, tout comme les précédents et les dérives éditoriales qui s’accentuent depuis la rentrée sont le signe d’un système arrivé à bout de souffle. Depuis la destruction des éditions nationales de la 3, les journaux de France 2 sont la seule voix d’expression des journalistes de la rédaction nationale fusionnée. Donc le système élitiste hérité de la culture France 2 s’est propagé dans toute l’information. Une clique de cadres journalistes fonctionnant en réseau choisit à la fois les sujets mis à l’antenne, les journalistes chargés de leur fabrication, et la façon de le faire."

"Il est grand temps de changer de direction"

"Ce ne sont plus les journaux de la rédaction, mais du petit groupe de décideurs éditoriaux", poursuit la CGT, décidée à faire changer les choses. "La conséquence est visible à l’antenne : aucune diversité, récurrence de sujets sur des thématiques autour du fait divers, de la consommation et du people, unicité des approches et de la pensée. Et on ne parle pas du ton des commentaires dans les sujets…" Le syndicat conclut : "Tout récemment, une assemblée générale déclenchée par la SDJ de la rédaction nationale a révélé le ras-le-bol général des journalistes : management brutal, verticalité, trop de pression….les plaintes sont désormais généralisées chez les salariés. Trop c’est trop ! La CGT demande en urgence un rendez-vous à la présidence : il est grand temps de changer de direction et d’organisation à l’information."

Par
Benoît Lesueur