Une décennie à la présentation du JT de TF1, c’est une décennie faite de quoi ?
Avant tout d’enthousiasme. C’est la qualité nécessaire pour présenter un JT. Parce que tous les jours, il faut se relancer, se remettre en question, trouver des nouveautés, trouver l’énergie pour valoriser le travail de la rédaction, et éviter ainsi de tomber dans la routine, qui est notre pire ennemi. Il faut présenter chaque journal comme si c’était LE journal de sa carrière.
Votre rédacteur en chef et ami, Cyril Auffret, nous a dit : « Anne-Claire, elle a la tête dure, c’est une vraie bretonne ! »
(Rire) Quand on occupe ce poste-là, on est sans concession avec soi-même. J’ai été, je pense, la plus dure de mes téléspectatrices au départ. Et puis on est sans concession aussi avec les autres, ça va de pair. J’ai une obligation de résultats tous les soirs, je suis obligée d’assumer tout ce qui est diffusé à l’antenne. Un JT, c’est un train qui roule à mille à l’heure.
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Vous rappelez-vous votre état à quelques minutes de votre grande première le 18 septembre 2015 ?
Je n’ai pas vu le temps passer… C’était une première un peu particulière car c’était le lancement de la Coupe du Monde de rugby. Donc, je crois que mon journal avait duré 5 minutes, ce n’était pas très confortable ! (Rire). Mais je me souviens du stress, évidemment, le côté vertigineux du direct. Je pense que c’est inimaginable tant qu’on ne l’a pas vécu. Et puis, au fur et à mesure de ces 10 ans, j’ai appris à inverser la proportion stress-plaisir. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de plaisir que de stress. Il n’y a même plus tellement de stress, sauf en cas d’énorme pépin technique. C’est l’avantage de vieillir.
Est-ce que vos petites habitudes d’avant antenne ont changé en 10 ans ?
Non et je pense que c’est une leçon que j’ai apprise avec Jean-Pierre Pernaut. Il ne faut jamais baisser la garde. Ce n’est pas parce que vous gagnez en expérience que vous pouvez vous permettre de vous détendre. Je pense qu’il ne faut jamais se relâcher. Et donc, pour ne pas se relâcher, on peut respecter le même emploi du temps, tous les jours, avec les mêmes rituels, les mêmes horaires… C’est très important. Si vous êtes en retard, vous allez le payer à un moment donné de la journée. Donc je suis le même emploi du temps tous les jours. Ce n’est pas de la superstition… quoique, peut-être un peu quand même.
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Les téléspectateurs vous sont très fidèles…
J’appartiens à une chaîne privée, mais j’ai tellement l’impression d’assurer un service public tous les jours. Le fait d’accompagner une société dans ces transformations, ces doutes, c’est ce qui m’anime et c’est ce qui me passionne jour après jour. Lire un prompteur n’aurait pas de sens, si je n’avais pas cette impression de dire aux téléspectateurs : « voilà ce qu’on vit collectivement, voilà ce qui nous semble intéressant, voilà peut-être une information pour vous faire changer d’avis sur telle ou telle actualité et peut-être vous donner envie de réorienter votre vie et vos opinions. Peut-être que ça vous aidera à voter un jour, peut-être que ça vous aidera à vivre tout court ». Il ne s’agit pas de minimiser les problèmes, il s’agit d’être dans la solution, la projection et dans le pragmatisme. Nous partageons aussi des choses qui sont de l’ordre de l’émotion. Je suis là aussi pour dire aux téléspectateurs « voilà les faits et au-delà de ces faits, voilà les raisons d’espérer ».
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Comment les équipes de TF1 et vous avez vécu le drame vécu par votre consœur Audrey Crespo-Mara cet été ?
Cela touche tout le monde. Quand Audrey est revenue à la rédaction, toute l’équipe était bien consciente de ce que ça représentait pour elle. Quand on a traversé une telle épreuve, le fait de travailler permet aussi de s’accorder un peu de répit dans la journée. En revanche, le direct est très compliqué parce que tout est démultiplié, y compris les émotions. Elles peuvent vous submerger parfois. J’ai été très admirative du courage d’Audrey et je pense que la rédaction l’a accompagnée du mieux qu’elle a pu. C’est très difficile d’être scrutée par des millions de personnes qui connaissent votre situation et de garder la tête froide.
Avez-vous jeté un œil sur les débuts au JT de France2 de Léa Salamé ?
Évidemment, même si j’ai un regard déformé puisque je fais le même métier qu’elle. J’étais tout en tout en empathie et en solidarité. Le premier générique n’est jamais un moment facile mais je ne doutais pas qu’elle allait très bien s’en sortir. Elle a l’air heureuse. Et pour nous, c’est toujours agréable de se faire challenger par la concurrence.
Vous mélangez bonne humeur et rigueur dans votre métier. Dans votre vie aussi ?
J’ai une capacité en tout cas à m’enthousiasmer, à m’étonner, et à me scandaliser. C’est mon moteur. Je fais partie des gens qui n’ont pas du tout envie de vivre une vie fade. C’est ce que je dis aux jeunes journalistes et lycéens que je rencontre parfois : « Ce que vous avez de plus précieux au monde, c’est votre curiosité. Si vous vous ne vous ennuyez pas dans la vie, quelle que soit votre situation, vous serez heureux quelque part ».