Charlotte Gainsbourg (Étoile, Prime Video) : « Je ne suis pas aussi fragile qu’on le croie »

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 13:48
Berzane Nasser/ABACA
Pour Étoile (Prime Video), sa toute première série en anglais, Charlotte Gainsbourg prend son envol dans l’univers du ballet, en incarnant une femme de poigne, prête à tout pour sauver sa compagnie. Un rôle surprenant pour une actrice qui ne craint pas les grands écarts.

Vous êtes connue pour la diversité de vos rôles. En quoi celui-de Geneviève, directrice générale par intérim de l’Opéra de Paris et du Ballet national, diffère encore des précédents ?

Le personnage de Geneviève m’amusait beaucoup. J’aimais la dynamique du rôle mais surtout son combat intérieur, ce qu’elle dissimule, son mal-être et le fait qu’elle soit constamment sur le point de se faire virer. Mais elle a suffisamment de conviction et de passion, pour se battre et essayer de tenir bon quand elle s’engage dans cet échange de danseurs avec une compagnie new-yorkaise. C’est parce qu’elle a une vision, elle est persuadée de quelque chose. Elle veut moderniser l’image du ballet français. Elle est motivée par des choses qui sont complètement sincères et en parallèle, elle cache sa fragilité. Je peux facilement m’identifier à elle, même si je ne suis pas aussi fragile qu’on le croie.

Vous avez remplacé au pied levé Camille Cottin, initialement prévue pour le rôle. L’ampleur du projet ne vous faisait pas peur ?

Ce qui m’a rassurée, c’était de savoir que les créateurs de la série Amy Sherman-Palladino et Daniel Palladino (Gilmore Girls, La Fabuleuse Madame Maisel) allaient être terriblement exigeants, que ce soit pour les décors, les costumes, la lumière…Je savais que nous allions prendre le temps comme si nous tournions un film. Et c’est tout ce que j’espérais en embarquant dans cette aventure de neuf mois. Il y avait beaucoup de travail mais l’ambiance était très joyeuse sur le tournage, tout le monde était à l’écoute des autres.

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Est-ce difficile de tourner une comédie en anglais, de « chopper » ce truc qu’ont les Américains ?

C’est un exercice qui demande beaucoup de rythme et auquel je n’étais pas du tout habituée ! Amy, qui est aussi scénariste de la série, m’avait prévenue que j’allais souvent entendre le mot « Pace ! Pace ! » sur le plateau, ce qui signifie justement « Le rythme ! Le rythme ! ». En tant que comédien, il faut être très rapide, bien appuyer les mots qu’elle a choisis. C’est incroyable et très difficile à la fois. Non seulement, je n’ai pas une très bonne mémoire, mais en plus, je suis plutôt quelqu’un de lent : c’était tout le contraire dont Amy avait besoin ! (Rire) Quand nous avons commencé le tournage, nous n’avions que les textes des quatre premiers épisodes. Ça ne m’est jamais arrivé de m’engager dans un projet sans savoir où j’allais… Le reste des scripts arrivait au fur et à mesure des semaines, on ne savait pas dans quel ordre nous allions tourner… Il a fallu me mettre dans une logique particulière, j’ai passé mon temps à apprendre, apprendre, apprendre.

Ce n’était pas trop douloureux ?

Non, j’adore me plonger dans le travail de cette manière, avoir quelque chose qui m’occupe la tête. Je déteste le temps libre, je n’aime pas avoir affaire à moi-même.

La comédie vous va si bien…Qu’est-ce qu’elle vous apporte ?

Une légèreté dont je me suis passée pendant très longtemps, sans comprendre que ça pouvait me correspondre. Je ne dis pas tout le temps, mais c’est un vrai plaisir, c’est assez jubilatoire. Ça fait peur parfois parce qu’on n’a pas de public ; on essaye d’être drôle, c’est difficile quand on n’est pas sûr de l’être sur le moment. Mais quand on sent que ça fonctionne, c’est dément ! J’ai découvert la comédie avec Prête-moi ta main, en 2006 et le plaisir, non pas d’être « déconneuse » – je n’avais pas le courage de l’être à l’époque et je ne le suis toujours pas ! – mais d’être entourée de « déconneurs » et de profiter de leur présence. C’est ce qui m’amusait le plus. Après ce film, on ne m’a plus proposé de comédie pendant un moment ; en tout cas, je n’en trouvais pas. Et puis récemment, j’ai retrouvé ce ton à travers la comédie Nous, les Leroy de Florent Bernard. Pendant les neuf mois de tournage d’Etoile, je me suis permis une légèreté dans le travail mais aussi dans la vie. C’est assez unique.

On rit beaucoup chez vous ?

Il y avait beaucoup de rire dans ma famille…A partir du moment où ma sœur Kate est morte, cette drôlerie a disparu. Avec Yvan, c’est différent. J’aime m’amuser, me marrer. Mon père était très drôle aussi…

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Ça fait du bien de vous sentir légère…

C’est surtout grâce au fait d’avoir plusieurs métiers, plusieurs facettes, de côtoyer plusieurs mondes différents, comme la mode, la musique, le cinéma ; de pouvoir sauter de l’un à l’autre. C’est ce qui me permet de ne jamais me lasser et de m’amuser.

Entre votre personnage et celui de Philippine Leroy-Beaulieu dans Emily in Paris, on a l’impression que les Américains ont une vision très franche et « couillue » des Françaises !

(Rire) C’est vrai mais peut-être parce qu’on l’est dans la vie, non ? Je crois que les Américains sont très polis et très vite mal à l’aise avec la sincérité. Moi, ça ne m’a jamais posé de problème. Surtout avec moi-même. D’ailleurs, on m’a souvent dit d’arrêter de me déprécier… Mais je suis juste sincère avec ce que je ressens ; j’ai toujours envie de m’améliorer. 

Est-ce c’est vrai que vous auriez aimé être danseuse ?

Ah oui, beaucoup. Pour la rigueur que la discipline exige, pour l’effort, le conditionnement physique. C’est quelque chose qui m’a beaucoup manqué et dont j’ai fait les frais. Pendant longtemps, je n’ai pas eu confiance en moi, j’étais mal à l’aise. J’avais un corps dont je ne me servais pas ; je pense que si j’avais appris à l’utiliser, je n’aurais pas perdu tant d’années à être empotée.

Quel parallèle faites-vous entre la danse et le cinéma ?

Le métier d’acteur, on peut le faire-je croise les doigts- jusqu’à la mort. Ce n’est pas le cas des sportifs ou des danseurs. On le sait quand on s’engage, mais je suis sûre que ça ne laisse pas un indifférent.

Qu’en est-il de la musique pour vous ?

Je n’y crois plus ! (Rire). Je suis censée finir un album depuis six mois ; je travaille dessus en tout cas, je veux vraiment m’y consacrer entièrement. Je suis d’une telle lenteur…Je pense qu’il sortira dans dix ans ! (Rire)

En attendant, vous allez jouer l’une des femmes les plus importantes de l’Histoire, Gisèle Halimi.

Oh la vache, oui…C’est un challenge fou pour moi. On verra ce que ça donne…

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Par
Amandine Scherer