Alexia Laroche-Joubert : « Culte est un nouveau regard sur l’histoire du Loft »

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 17:32
Abaca
Il y a 23 ans, Alexia Laroche-Joubert a révolutionné le paysage audiovisuel en faisant entrer la télé-réalité en France, par la grande porte, avec Loft Story. Aujourd’hui, elle produit la série Culte sur Prime Video, qui en raconte les coulisses. 

Comment est née cette série ? 

Alexia Laroche-Joubert. L’histoire est improbable. C’était en 2021. J’étais au Puy-du-Fou, en tournage de Miss France, quand un ami m’a parlé de deux scénaristes, Matthieu Rumani et Nicolas Slomka, qui avaient l’idée de faire une série autour de l’histoire de Loft Story. Moi qui avais envie de faire de la fiction, je me suis dit que ce serait intéressant de les rencontrer pour en discuter. 

Qu’est-ce qui vous a plu dans leur approche ? 

Je les ai trouvés extrêmement documentés. L’avantage pour moi, c’est que je connaissais le sujet donc j’ai pu les confronter ! (Rire) Et je me suis aperçu que c’était vraiment fouillé. Ce qui m’a plus également, c’est qu’ils sont toutes et tous jeunes, dans la trentaine. C’est une génération qui avait 10 ans à l’époque du Loft et qui a donc une appétence pour la téléréalité. Ça m’a séduit. C’est un nouveau regard sur l’histoire du Loft et l’arrivée de ce genre en France. 

Pourquoi raconter les coulisses coté production plutôt que côté Loft

Parce que tout a déjà été raconté sur le Loft. Rien n’y était confidentiel puisqu’en plus, à l’époque, nous avions la chaîne 24/24. Ça n’avait pas beaucoup d’intérêt. Ce que nous voulions, c’était d’une part montrer le phénomène de société et d’autre part le fait que ce programme a changé la physionomie de la télévision. Ce qui nous intéressait aussi, c’était de montrer, à travers mon personnage de jeune productrice, rebaptisée Isabelle dans la série, la lutte sociale et le clivage familial : à l’époque du Loft, il y avait d’un côté les parents qui trouvaient le programme honteux, et de l’autre, les jeunes qui voulaient le regarder à tout prix. C’était une prise de pouvoir de la jeune génération sur le téléviseur de Papa et de Maman. 

Comment Alexia Laroche-Joubert a-t-elle vécu les messages de haine ?

Il y a presque un côté thriller dans cette série…

C’est drôle parce que c’est exactement comme ça que la qualifient les auteurs. Ils ont apporté un rythme assez nouveau en France. En termes d’écriture, Culte ressemble à Succession, à Social Network, ou encore à The Morning Show.C’était important pour nous de se détacher du loft, même s’il a été entièrement reconstitué, que les phrases des candidats ont été répétées à l’identique, mais finalement, c’est une part assez faible dans la narration. 

Qu’est-ce qui tient de la véracité et du fictif dans la série ?

Il y a énormément de choses qui sont vraies : les tractations pour acquérir le programme de John de Mol, les coulisses de la lutte entre M6 et TF1, la guerre avec le CSA… Ce qui a été fictionné ? On a densifié certaines relations, on a créé des personnes qui n’existaient pas, on a renforcé l’intrigue de chaque personnage. 

Avez-vous reçu autant de messages de haine et de mépris que votre personnage ? 

Oui, mais contrairement à elle, je ne l’ai pas vécu comme une violence, à l’exception de la Une de Paris Match avec Loana et sa fille (photo pour laquelle ni la production, ni Loana n’avaient donné leur accord, ndlr). C’était très injuste pour la petite Mindy qui n’avait pas demandé à être exposée en couverture d’un hebdomadaire. Pour le reste, je n’ai pas eu le temps de me poser la question de la violence ou non des choses, j’étais moi-même, je pense, en terrain de guerre. 

Aviez-vous à l’époque, la sensation de voir naitre quelque chose de complètement révolutionnaire ? 

C’était effectivement difficile de ne pas le ressentir. Entre les manifestations, les prises de position politiques, les insultes, les fascinations, les fans… Le tout cristallisé sur deux mois et demi de diffusion. La finale a fait plus de 7 millions d’audience (avec un pic à 11,7 millions lors de l’annonce de la victoire de Loana et Christophe). Et puis il y a eu la remontée des Champs Élysées. Personne n’avait fait ça depuis la Coupe du Monde 98.

Alexia Laroche-Joubert : "Loana est quelqu’un que j’aime vraiment beaucoup"

Qu’avez-vous pensé du travail de Marie Colomb dans la peau de Loana ? 

Il est dingue ! Elle montre toute la complexité du personnage. Loana est quelqu’un que j’aime vraiment beaucoup. Elle est à la fois extrêmement fragile, avec ses démons de l’enfance, mais elle a aussi une force et une résilience remarquables. Marie Colomb a beaucoup travaillé pour trouver cet équilibre. 

Loana a-t-elle été consultée pour la série ?

Oui, elle a collaboré avec les auteurs, à travers des entretiens où elle leur a partagé ce qu’elle avait ressenti à l’époque, ses doutes…Tout ce que je ne savais pas moi-même. Elle a été très heureuse du choix de Marie Colomb, elle la trouve très belle.  

Anaïde Rosam effectue également un travail remarquable dans votre rôle…

J’ai eu la chance de la découvrir dans un film que j’ai produit et qui s’appelait Magnificat. Je savais qu’elle était capable de jouer des rôles intenses et que ce n’était pas juste une humoriste. Elle s’est beaucoup renseignée sur moi. On ne s’est rencontré qu’une seule fois pour préparer le rôle. Elle voulait comprendre comment j’avais vécu les choses, ma personnalité. Je pense qu’elle avait besoin de me ressentir. Les acteurs sont des éponges.

Le supplément spécial Culte de Télé 7 jours est disponible dans les kiosques.

Par
Amandine Scherer