La production de Love is blind (Netflix) répond aux accusations de “traitements inhumains ou dégradants” 

Mis à jour le 20 janvier 2026 à 14:57
Netflix
Mis en cause pour des conditions de tournage jugées "traumatisantes" par trois anciens candidats, ITV Studios France rejette en bloc les accusations et assure être "attaché aux règles éthiques et à la bienveillance" envers les participants, tandis que les plaignants ont saisi le conseil de prud’hommes de Nanterre. 

Perte de poids brutale, crises d’angoisse, troubles psychologiques durables… Plus d’un an après la diffusion de Pour le meilleur et à l’aveugle, trois anciens participants affirment au Monde encore subir les conséquences de leur passage dans l’émission diffusée sur Netflix. Jonathan D., Benjamin J. et David O. ont saisi le conseil de prud’hommes de Nanterre le 20 novembre 2025, estimant avoir été exposés à des conditions de tournage incompatibles avec leur santé physique et mentale. Dans leurs requêtes, ils dénoncent notamment "des conditions de tournage [qui] ont eu un impact important sur la santé physique et l’équilibre mental" et qui "ont porté atteinte à [leur] dignité et à [leur] considération". Ils demandent en conséquence l’annulation de la clause de cession de leurs droits à l’image, ce qui impliquerait le retrait de toutes les séquences dans lesquelles ils apparaissent.

Des troubles psychologiques documentés

David O., conseiller financier de 34 ans, est celui dont le dossier médical est le plus étayé. Après le tournage, il affirme avoir fondu en larmes à la suite d’une séquence non diffusée, durant laquelle il s’était fiancé avec une prétendante qu’il n’avait pas choisie selon ses propres critères. Il évoque une manipulation orchestrée par la production pour renforcer la dimension sensationnaliste du programme. Un psychologue consulté le 30 novembre 2024 à Paris a relevé chez lui un "état d’anxiété généralisé avec logorrhée, tachypsychie [accélération du rythme de la pensée] et exaltation de l’humeur", selon un certificat médical versé au dossier. Lors d’un entretien psychologique de suivi organisé par la production, une thérapeute observe, le 21 octobre 2025, que "David O. apparaît profondément marqué par une expérience vécue comme traumatique", ayant "laissé une trace durable dans sa capacité à faire confiance". Le candidat résume ainsi son ressenti auprès de nos confrères: "Nous avons été manipulés et utilisés pour arriver aux fins de la production : créer du contenu au détriment de notre santé physique, psychologique et humaine"

Des journées très au-delà du temps contractuel

Autre point central de la procédure ? La durée réelle du travail. Selon les contrats, le temps de tournage devait être limité à huit heures par jour, ou quarante-cinq heures sur six jours. Une réalité très éloignée de ce que décrit Jonathan D. au Monde. "On nous réveillait à 5 heures à l’hôtel, pour un départ à 6 heures vers le studio et un tournage qui durait de 10 heures à 20 heures au moins. On ne se couchait pas avant 23 heures et on dormait très peu, on était tout le temps crevés. Ce qui nous empêchait d’être nous-mêmes pendant les enregistrements", a-t-il raconté.

Dans un témoignage écrit, David O. va encore plus loin et regrette des pauses-cigarette comme seules respirations, des passages aux toilettes à heure fixe, des séances de sport chronométrées… jusqu’à contraindre certains candidats à uriner dans leurs gourdes. Il dit avoir eu le "sentiment d’être un esclave" et celui de se "ruiner la santé". Les plaignants ciblent principalement la première phase du tournage, organisée en Suède du 24 octobre au 4 novembre 2024, correspondant aux rendez-vous "à l’aveugle". Ils affirment avoir "subi lors du tournage de l’émission un isolement total imposé par la production, [leur] empêchant tout contact avec le monde extérieur ou les autres participants", et "avoir été contraint[s] dans leur liberté de mouvement et d’expression durant toute la durée du tournage, étant empêché[s] de sortir de l’hôtel et accompagné[s] en permanence d’un chaperon".

Des demandes lourdes devant les prud’hommes

Jonathan D. critique aussi la manière dont son histoire a été montrée à l’écran, notamment sa relation avec Cynthia. "Ils n’ont montré de Cynthia et moi que nos embrouilles, alors qu’on m’avait promis que seuls les moments d’amour seraient filmés", regrette-t-il. À la sortie du tournage, il affirme avoir perdu 9 kilos et avoir subi une chute de tension l’obligeant à rester alité plusieurs jours. Le 16 novembre 2025, une autre candidate l’a publiquement accusé de violences psychologiques, ce qu’il conteste fermement. Outre l’annulation de la clause de cession de droits, les trois anciens candidats demandent la requalification de leurs contrats à durée déterminée d’usage en contrats à durée indéterminée, ainsi que l’indemnisation d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, à hauteur de 74 400 euros chacun. Pendant le tournage en Suède, leur rémunération s’élevait à 150 euros brut par jour.

La production sort du silence   

Contactée par 20 Minutes, la production indique ne pas avoir "à ce jour, reçu les convocations dont il est fait état dans l’article du Monde". ITV Studios France dit avoir "pris connaissance avec étonnement des griefs a priori formulés par les trois participants" et les "conteste avec la plus grande fermeté". Et de conclure : "ITV Studios France est attaché aux règles éthiques et à la bienveillance envers les personnes participant aux émissions qu’elle produit". Des audiences de conciliation sont prévues le 9 février et le 28 mai.

Par
Kahina Boudjidj