Trois années de travail ont été nécessaires pour cette création originale. Elle relate la tempête médiatique générée par le coup porté par le footballeur Fodé Thiam (joué par Alassane Diong) et l’insulte raciste à son entraîneur, en pleine cérémonie des Trophées UNFP. Un geste instrumentalisé par l’influenceuse et humoriste Marie Kinsky (Ana Girardot). « J’essaie de humer notre époque », précise Éric Benzekri, qui a choisi ce sport-là parce qu’il rassemble « toutes les générations, toutes les origines sociales et ethniques ». Le créateur et scénariste a puisé dans son passé de militant politique et membre de cabinet pour montrer le réel, même s’il dément faire de sa série « un tract ». Le scénario, dense et pointu, représentait un défi pour Nina Meurisse, qui incarne Sam, l’une des spécialistes de l’agence engagée par le club de foot pour faire face au scandale : « On a rencontré des conseillers en politique et en publicité, qui nous ont expliqué les concepts de la communication, afin de les retransmettre de manière claire. Quand on les comprend, on voit que les ficelles sont tirées de toutes parts. »

DÉFIS DE TOURNAGE
Un vrai souci du détail a été apporté également à l’image. Le réalisateur Ziad Doueiri a, par exemple, tourné la scène finale de l’épisode 2 en une semaine, à raison de deux heures par jour, entre 18 h et 20 h, afin de capter une lumière particulière. Il est aussi allé, avec Ana Girardot, sur le plateau de Touche pas à mon poste !, de Cyril Hanouna. « Elle était un peu réticente… Moi, je ne savais pas qui il était ni ce qu’il représentait. Mais il a été extrêmement cordial. On lui a donné la liberté d’improviser des répliques. » Un dispositif spécial a, par ailleurs, été mis en place pour l’écran géant qui permet à l’agence de suivre les tendances des réseaux sociaux. « Je n’ai jamais autant galéré !, avoue Ziad Doueiri. On n’a rien acheté. On a tourné 240 vidéos. Éric Benzekri, qui voulait raconter l’influence des plateformes sur cette histoire, a engagé un auteur pour écrire les textes sous sa supervision. J’ai dû apprendre à cadrer en vertical. » Cet écran est d’ailleurs presque identique à celui utilisé par la cellule de crise de la SNCF, que les deux hommes ont pu visiter. « Ils ont des millions de données. Le moindre #SNCF arrive chez eux en premier. »
ANA GIRARDOT PUISSANTE !
« Marie Kinsky est théâtrale, trop violente, trop séductrice, trop dérangeante. Ce trop-là, c’est celui des réseaux sociaux », explique Benzekri, à propos du personnage d’Ana Girardot. Poussée par son agent, qui lui assurait que ce rôle était celui qu’elle attendait, l’actrice a passé les essais en se disant qu’elle allait « ruiner son casting ». Mais sa rencontre avec Ziad Doueiri a tout changé : « Il m’a ramenée à mes premières amours du jeu et m’a rappelé ma prof de théâtre à New York. Je voulais absolument travailler avec lui ! » Elle a donc supplié son agent de le rappeler pour avoir une seconde chance. « Le lendemain, je suis arrivée à 9 h et j’ai tout défoncé ! J’ai longtemps été la “femme de”, douce, j’avais envie de personnages plus puissants ! » Pari gagné !
La fièvre, lundi 18 mars à 21h10 sur Canal+