Saviez-vous dès le départ que cette série aurait plusieurs saisons ?
Bryan Cranston : Absolument pas ! J’étais prêt à plier bagage après la première. Je trouvais que la boucle était bouclée. La fin était tragique, mais inévitable. Mon personnage, Michael, a fait tous les compromis possibles, il a tenté de devenir quelqu’un d’autre, rognant sur son éthique et sur ses principes. Il a échoué dans sa mission de protéger son fils. Puis j’ai parlé à Peter Moffat, le créateur de la première saison, et il a évoqué l’idée d’une suite en me demandant : « Que serait devenu ton personnage selon toi ? » J’ai dit : « Soit il se serait tué après avoir tout perdu, soit il serait en prison pour les crimes qu’il a commis. » Et tout s’est mis en route. J’ai accepté de participer à cette suite, parce qu’il était question d’une plongée dans le désespoir, la douleur et la perte. Ça ne m’intéressait pas de jouer un personnage qui fait son deuil dès le premier épisode passé. Quand on perd un enfant, on est changé à jamais, comme Michael Desiato.
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Peut-on continuer à vivre après cela ?
C’est ce que nous explorons dans cette seconde saison.
Entre Walter White, de la série Breaking Bad, et Michael, dans Your Honor, les personnages que vous incarnez ont tendance à mettre à mal leur propre morale. Est-ce difficile à construire quand on est un comédien intègre ?
C’est drôle, car les jeunes acteurs me posent souvent cette question… Qu’est-ce que j’ai dans ma boîte à outils ? Il n’y a pas de guide ou de recette magique. Le principal, c’est d’avoir le dynamisme et la capacité de jeu, une curiosité insatiable et un accès à ses propres émotions pour pénétrer celles de ses personnages. Il ne faut pas hésiter à effectuer des recherches, à mettre les pieds dans une bibliothèque, à ouvrir des livres. Et, par-dessus tout, il faut faire confiance à son imaginaire. Quand on n’a pas l’expérience de la vie, l’imagination est une sorte de pont qui relie tous ces aspects.
Vos personnages se ressemblent souvent…
C’est vrai. Ils ont tous été endommagés par la vie, ils ont tous quelque chose à prouver. Quand je construis un personnage, j’ai besoin de chercher en lui ce que je pourrais développer : quelle est son ambition ? Quel est son secret ? Quelles sont ses peurs ? Si je n’ai pas les réponses à toutes ces questions, cela veut dire qu’il va falloir user de mon imagination pour les trouver.
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C’est le travail que vous avez effectué avec Michael Desiato pour cette deuxième saison ?
Oui. Surtout que sa situation est complexe : il est mort de l’intérieur et n’espère qu’une chose : que son enveloppe physique rattrape son état mental. Il n’est pas en colère, il n’est pas triste, il n’attend rien de la vie… Ce fut une découverte intéressante pour moi d’entrer dans sa peau et surtout de mettre en lumière les millions de personnes qui souffrent de dépression.
Your Honor : jeudi 23 février à 21h10 sur Canal+
INTERVIEW AMANDINE SCHERER