Arafat L’Insaisissable (Planète+) : « On voit la transformation d’un terroriste en diplomate »

Publié le 13 septembre 2023 à 7:31
Shepard Sherbell/CORBIS SABA/Corbis via Getty Images
Ce mercredi 13 septembre, Planète+ diffuse la série documentaire inédite "Arafat L’Insaisissable" consacrée au leader palestinien, devenu une des figures les plus mystérieuses du siècle. Rencontre avec Florian Uzan, co-réalisateur de cette série construite comme un thriller.

Pourquoi avoir choisi de vous intéresser à Yasser Arafat ?

C’est assez difficile à croire vu l’ampleur du personnage, mais ça n’avait jamais été fait auparavant.  Aucun documentaire n’a été réalisé sur Yasser Arafat, celui que l’on appelle "l’homme au keffieh". Ce film était nécessaire, il s’agit du premier biopic qui lui est consacré et je suis fier d’en être le co-réalisateur aux côtés de Fabrice Gardel. Il faut aussi rendre à César ce qui lui appartient, puisque l’idée du film au départ vient de Diane Imbault-Huart (productrice chez CC&C) et de ses équipes.

Comment expliquer qu’un tel personnage historique n’ait pas été traité jusqu’ici ?

On s’est posé la question et c’est un peu difficile à expliquer. Cependant, je crois que le 11 septembre y est pour quelque chose. Depuis cette date, la Palestine ne fait plus partie des priorités à l’international, et c’est Ben Laden qui a attiré toute l’attention. Aujourd’hui, le problème palestinien est passé au second plan. Il ne s’agit plus d’une cause politique, mais d’une cause humanitaire.

Yasser Arafat est un personnage complexe, comment l’aborde-t-on dans le cadre d’une série documentaire ?

Le point de départ était d’aborder ça comme une fiction. C’était le défi que nous voulions relever avec Canal et je pense que nous avons réussi. Il faut dire que la vie d’Arafat est tellement romanesque… D’un point de vue narratif c’était assez simple, il n’y avait qu’à se servir dans sa biographie. La seule difficulté était de rendre l’histoire du conflit israélo-palestinien simple et accessible à tous. Pour des raisons de pédagogie, le premier épisode n’a pas un rendu chronologique, justement pour être le plus clair possible et poser les enjeux. Les autres épisodes suivent ensuite l’évolution de Yasser Arafat, on voit vraiment la transformation d’un homme, d’un terroriste, en diplomate.

Était-il aisé de trouver des archives et des documents sur Arafat ?

Personnellement, j’ai lu l’intégralité des livres qui ont pu être écrits sur lui. En plus de ça, nous avons travaillé avec Henry Laurens, professeur au Collège de France et spécialiste du Moyen-Orient, dont l’éclairage a été très précieux. Pour les archives, ça a été un bonheur : grâce à la production, nous avions trois documentalistes à notre disposition. Il y avait des milliers et des milliers d’archives sur Arafat, c’est délirant. Il a fallu des semaines pour éplucher tout ça et garder le meilleur.

Comment avez-vous géré l’aspect si clivant de Yasser Arafat ?

L’enjeu était de ne pas prendre parti. Il fallait travailler avec une distance tout en étant le plus honnête possible. Il fallait montrer ce qu’il se passait des deux côtés dans ce conflit israélo-palestinien. Il ne fallait pas porter de jugement là-dessus. Je l’ai réellement travaillé comme un personnage de fiction, en cherchant à le comprendre sans le juger.

Comment le décrieriez-vous après avoir passé autant de temps sur sa vie ?

Je vais reprendre le titre de la série : il est insaisissable. D’un côté, il est impossible à attraper pour les Israéliens qui voulaient sa peau, mais aussi pour moi qui cherchait à le comprendre. À l’époque, ses amis le comparaient à du mercure : une substance qui change de forme et qui glisse entre les doigts. Il y a quelque chose de fantomatique chez lui, on ne sait pas où il est né, comment il est mort… C’est un mystère du début à la fin.

Arafat L’Insaisissable, ce mercredi 13 septembre à partir de 20h55 sur Planète+ et disponible sur la plateforme MyCanal

Par
Aurélien Gaucher