Alain Prost évoque son frère décédé d’un cancer : « Cela a toujours été une constante, dans ma carrière, de courir pour lui »

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 15:47
Apaydin Alain/ABACA
INTERVIEW. Dans "Prost", cette série en six épisodes de 26 minutes à découvrir sur Canal+, le quadruple champion du monde se livre comme rarement sur ce destin qui l’a mené aux sommets de la Formule 1.

"On résume beaucoup ma carrière à ma lutte avec Senna"

Qu’est-ce qui vous a décidé à vous raconter ainsi ? 

Alain Prost : Pour moi, l’humain est plus important que la course. On résume beaucoup ma carrière à ma lutte avec Senna. On en a oublié un petit peu les fondements. Or, j’ai un parcours spécial, dès le début. Mon accession à la F1 est la partie dont je suis le plus fier. Je voulais que les gens connaissent un peu mieux cette histoire. 

Un parcours tellement spécial que vous vous vouliez être footballeur, au départ… 

J’avais tous les posters de l’AS-SaintÉtienne. Le passionné de sports mécaniques, c’était mon frère, Daniel. Et puis, au début des années 70, je l’accompagne au karting pour lui faire plaisir. Et, comme cela est souvent arrivé dans ma vie, j’ai vu une étoile, une lumière qui m’a fait prendre une décision, pas forcément rationnelle sur le moment. Je me dis alors : « Ce truc est pour moi. » 

Une obsession qui vous pousse à vous priver de loisirs, afin d’économiser pour acheter un kart… Votre entourage vous a-t-il pris pour un fou, à l’époque ? 

Tout le monde me posait des questions, mais, pendant un an et demi, personne n’a su pourquoi je faisais cela. Pas même mes parents… D’ailleurs, quand mon frère allait au bistrot pour jouer au flipper, ou au cinéma, moi j’attendais dehors. Je n’étais pas du tout malheureux. Bien au contraire, j’étais fier ! 

Alain Prost évoque son frère décédé d’un cancer : "j’étais gêné d’être à la place dont il avait toujours rêvé"

En 1986, votre frère est foudroyé en pleine jeunesse par la maladie. Finalement, n’est-ce pas pour lui que vous avez fait carrière ? 

J’ai toujours connu mon frère malade. Ce n’est pas une, mais deux maladies qu’il a dû affronter : une tumeur au cerveau, puis un cancer du poumon. C’était un drame pour lui de voir qu’il ne pourrait assouvir sa passion. Alors il me l’a transférée. Mais j’étais très mal à l’aise… Notamment lorsqu’il est venu la première fois me voir courir, en 1980, à Monaco. J’étais très content qu’il soit là, bien sûr, et en même temps, j’étais gêné d’être à la place dont il avait toujours rêvé… Cela a toujours été une constante, dans ma carrière, de courir pour lui, en pensant constamment à lui. Indirectement, oui, j’ai couru un peu par procuration. 

À travers cette série documentaire, vous rendez également un émouvant hommage à votre grand-mère, qui vous a inspiré… 

Sincèrement, quand j’en parle, je peux avoir les larmes aux yeux tout de suite. Elle m’a inspiré par son courage, elle qui a vu sa famille massacrée lors du génocide arménien. Et par sa gentillesse, avec toujours ce côté positif, malgré ce qu’elle a vécu. C’est la personne la plus incroyable que j’ai rencontrée dans ma vie. 

"je savais que Senna me vouait de l’admiration"

Vous évoquiez Senna. Lui aussi était un personnage incroyable… 

… Et atypique, avec qui j’ai vécu des scènes surréalistes. Après son décès, j’ai été invité dans la ferme familiale, où j’ai vu des photos de moi. Malgré notre lutte exacerbée sur les circuits, je savais qu’il me vouait de l’admiration. Il m’en avait parlé. Un vrai lien nous unissait. J’ai compris, après sa mort, que ce lien était plus fort que ce que je pensais. Ma plus grande communauté, sur Instagram, est au Brésil.  

Prost, dimanche 8 décembre à 21h10 sur Canal+

Par
Frédéric Lohézic