Amira Casar (Une lueur d’espoir) : « Le fascisme nous pend vraiment au nez »

Publié le 3 mai 2023 à 16:59
Disney +/DR
Une lueur d’espoir (A Small Light en VO), dont les deux premiers épisodes sont désormais disponibles sur Disney +, raconte l’histoire vraie de Miep Gies, la secrétaire d’Otto Frank qui cacha la famille Frank ainsi que plusieurs juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Amira Casar, qui incarne Edith Frank, la mère d’Anne Frank, nous présente cette série dévoilée en avant-première il y a quelques semaines à CanneSéries 2023.

Qu’est-ce qui vous a plus dans cette mini-série ?

Qu’on mette en lumière deux femmes qu’on connait peu. Meip était une personne exemplaire d’intégrité et de force de caractère. Elle était morale sans être moraliste et avait un grand respect pour autrui et les valeurs humaines. Jusqu’à la fin de sa vie, elle est allée parler aux jeunes de ce qu’elle a vécu pour que ça ne se reproduise pas. Ce qui est effrayant, c’est que ça se reproduit encore aujourd’hui et les fascistes ne se cachent plus. Regardez l’Italie et d’autres pays…

Parlez-nous un peu d’Edith Frank…

On sait très peu de choses d’elle. On l’a vue en photo et on connait la violence et l’intensité de la relation qu’elle avait avec Anne. C’était "Je t’aime, je t’aime, je te déteste, je te déteste". Anne écrit des choses abominables sur sa mère dans son journal. Mais apparemment, elle a beaucoup protégé sa mère dans les camps selon les survivants. Contrairement à Otto qui a survécu, il n’y a aucune interview d’Edith. Mais on sait qu’elle avait un accent allemand. Meip, qui parlait très bien d’elle, a également donné des éléments sur son caractère. Elle était la secrétaire de son mari mais aussi sa confidente, un peu comme un membre de sa famille. Edith était une femme solide, moderne, qui voulait élever ses filles dans une éducation Montessori. Elle l’a fait car elle voulait qu’elles puissent être libres d’exercer un métier passionnant. Elle était remarquable. 

Vous l’évoquez avec beaucoup d’émotion…

Elle m’a plu. Je pense qu’elle était humble et autoritaire. Les Frank vivaient dans le noir (dans l’Annexe où ils étaient cachés, ndlr), dans la chaleur, dans l’humidité, avec les odeurs… Ils ne pouvaient pas parler et ne devaient pas faire de bruit. Il fallait malgré tout éduquer les enfants et leur donner de l’espoir. Edith n’avait plus d’intimité. Les Frank avaient donné les meilleures chambres et le salon à la famille Van Pels. Ils étaient comme ça : ils ont toujours donné les meilleurs morceaux de viande et les autres devaient se servir en premier… Je n’ai jamais joué une personne comme ça, avec cette humilité. 

Que ressentez-vous en lisant Le Journal d’Anne Frank ?

Je pense qu’elle était une petite philosophe et qu’on a perdu une grande écrivaine. Pour moi, ses parents savaient qu’ils avaient une fille absolument géniale et qu’il fallait nourrir et protéger ce talent. Son journal était caché dans l’attaché-case de son père. Celui de Margot n’a pas survécu mais celui d’Anne oui… C’est quand même un miracle alors que les meubles ont été confisqués dès le lendemain de leur arrestation. Cette histoire me bouleverse parce qu’elle résonne encore aujourd’hui. Ce sont des jeunes qui combattent le nazisme et l’obscurantisme.

Cette mini-série Une lueur d’espoir est-elle une piqure de rappel pour ne pas oublier l’histoire ?

Aujourd’hui, les fascistes ne se cachent plus. On est aujourd’hui dans une époque particulière. Le fascisme nous pend vraiment au nez. Je suis tellement triste de la situation en Italie. Mais ça monte partout. Il n’y a jamais eu autant de dictateurs et dirigeants malades dans le monde. Ça a commencé avec Viktor Orbán en Hongrie et l’Europe a fermé les yeux. Les Frank croyaient en une Europe unie et je veux y croire aussi. Cette série est là pour faire ouvrir les yeux et dire que l’histoire a du poids. La jeune génération ne doit pas l’oublier. J’adore l’histoire, je voulais d’ailleurs être historienne enfant. J’aime découvrir la vie des gens, les combats, l’évolution de l’humain, de l’art de l’écriture, les personnes exemplaires qui ont marqué leur temps malgré les difficultés… 

Anne Frank écrivait : "Je ne veux pas avoir vécu pour rien". Pensez-vous la même chose ?

Je pense que toute vie a une valeur. Ce n’est pas parce que je fais un métier artistique que ma vie a plus de valeur qu’une autre, au contraire. Ce qui m’intéresse dans ma carrière, c’est l’expérience humaine et ceux qui vivent un conflit intérieur. Mon prochain rôle est par exemple celui d’une femme qui a une grande fragilité. C’est magnifique et dans une série formidable. 

Vous avez tourné ces dernières années dans les séries Versailles, Les Sauvages et maintenant Une lueur d’espoir. Mais vous n’en aviez fait aucune avant 2015. Qu’est-ce qui a changé ? 

Les séries évoluent. Il y a une écriture et des rôles formidables pour les femmes. Au cinéma également. Les choses sont en train de changer pour les femmes et il le fallait car nous avons beaucoup de choses à dire. Nous faisons partie de la société quand même. Il y a une richesse à exploiter. Je dis à mes amies que le temps est notre allié. Il l’est pour moi. On a quelques bleus et cicatrices de plus mais on peut choisir et faire partager des expériences humaines. 

Pauline Hohoadji

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