« Une espèce de lâcheté générale sur le dopage » : Un ancien coureur français dénonce la domination de Tadej Pogacar sur le Tour de France

Publié le 25 juillet 2025 à 9:17
ABACA
Ancien coureur et manager de la formation Cofidis, Éric Boyer a partagé ses doutes face à la domination sans partage de Tadej Pogacar sur le Tour de France.

Le dopage est un sujet qui revient à chaque fois sur la table lorsqu’un coureur domine largement le Tour de France. Durant les années 2010, Christopher Froome et sa formation Sky étaient visés par de nombreux détracteurs. Aujourd’hui, c’est au tour de Tadej Pogacar de se retrouver au cœur de la controverse. Dans un entretien paru dans Le Parisien ce vendredi 25 juillet, Éric Boyer, ancien coureur français ayant notamment terminé 5e de la Grande Boucle en 1988, a exprimé ses doutes face aux performances du Slovène : "Ça fait des années qu’on a un coureur qui réalise des exploits qualifiés quelque part de surhumain, avec une équipe au même niveau. Et malheureusement, c’est l’histoire du cycliste des 25 dernières années : l’affaire Festina, le scandale Lance Armstrong, l’affaire Puerto, l’ex-manager Manolo Sainz qui apportait des poches de sang, les aveux de Bjarne Riis. On vit avec cette espèce de suspicion générale. Et lorsqu’un coureur domine autant que des dopés le dominaient à l’époque, on fait un parallèle. Et ça rend les choses mal faites. On ne sait pas trop quoi penser. Voilà, on ne s’en sort pas en fait."

Éric Boyer déplore la domination de Tadej Pogacar

Malgré les arguments qui justifient le niveau de Tadej Pogacar, Éric Boyer n’arrive pas à être convaincu : "Je veux bien mais il faut être lucide : son entourage ne plaide pas en sa faveur. Quand on les écoute, ce sont toujours les mêmes arguments : Pogacar s’entraîne plus et mieux. La diététique est meilleure, l’équipe est forte. Mais ce sont les mêmes mots que pour Armstrong. Les mêmes ! Forcément, on est dubitatif." L’ancien manager de l’équipe Cofidis assure ne pas être le seul à avoir des suspicions : "Mes doutes sont partagés. Mais il y a une grande timidité à l’évoquer. Et même une grande gêne. Beaucoup sont embêtés. Ils ont peur. Cela dit bien ce qu’est redevenu le vélo." L’ancien cycliste est même agacé du silence qui règne sur ce sujet : "Ce sentiment que j’évoque, il existe depuis 20 ans. Ça continue encore et encore. Et qui bouge ? Nos dirigeants à l’UCI ? Ceux des équipes ? Le syndicat des coureurs ? Personne. Donc on va continuer à vivre année après année cette situation. Tout le monde sait que chez quelques équipes, dont UAE, il y a une hypermédicalisation. C’est une forme de zone grise, on n’arrive pas à savoir si tout se joue seulement sur la diététique, le repos et les plans d’entraînement. J’espère qu’il n’y a pas autre chose. Mais comme on ne sait rien, ce n’est pas clair."

"Ça pleure en cachette au pied des bus"

"Il y a une espèce de lâcheté générale sur le dopage", poursuit Éric Boyer. "Tous les dirigeants d’équipes se taisent. Tous les managers. Un seul mec ouvre un peu sa gueule, c’est Jean-René Bernaudeau (directeur sportif de TotalEnergies, ndlr). C’est tout. Le reste, ça pleure en cachette au pied des bus. Quel manque de courage." Aujourd’hui éloigné du monde du cyclisme, Éric Boyer espère que les instances redoubleront d’efforts à l’avenir afin de mettre fin à cette atmosphère qui règne autour de son sport : "L’argument de dire que tout va bien car il n’y a plus de mecs positifs aux contrôles, cela ne marche pas. Est-ce qu’on cherche correctement ? Je pense qu’en gros on cherche, mais qu’on n’a pas les moyens de trouver. Dans les laboratoires on cherche bien, mais je ne sais plus si c’est dans les laboratoires qu’on trouvera la vérité. C’est à travers des investigations qui sont très difficiles à réaliser, j’en suis conscient. Mais les laboratoires sont dépassés."

Par
Benoît Lesueur