Frédéric Verdier, compagnon de vos nuits, pour Roland-Garros

Publié le 25 mai 2025 à 12:50
youtube / winamax
Depuis près de trente ans, il promène sa culture tennistique, sa bonhomie et son humour sur divers médias. Le journaliste commente l’affiche des « night sessions », en exclusivité sur la plateforme Prime Video.

Hervé Duthu commentait la victoire de Yannick Noah, en 1983. Est-il vrai que c’est lui qui vous a mis à l’antenne, à la fin des années 90 ?

Oui. A l’époque, je couvrais surtout le foot à Eurosport. Hervé était une véritable légende. C’était le numéro 2 de la rédaction, mais surtout le n°1 pour le tennis. Frédéric Viard (l’actuel monsieur tennis de BeIN Sports, ndlr), alors sur le départ, m’avait conseillé de proposer ma candidature à Hervé, pour le remplacer. J’avais beau aimer le tennis, et y jouer, je ne me sentais pas forcément légitime. Hervé, au début, ne me connaît pas et je ne le sens pas spécialement emballé. Mais il accepte quand même de me tester. Je me souviens qu’il me disait, « borne-toi à rappeler le score. Ne prends aucun risque » (Rires). Finalement, ça s’est pas mal goupillé. Au fil des années, je suis devenu son adjoint, avant de lui succéder lorsqu’il a pris sa retraite.

Le fait que Prime Video couvre principalement les onze matchs de soirées (plus les demi-finales et finales, en co-diffusion avec France Télévisions), n’est-il pas un peu frustrant, pour vous ?

Déjà, ce ne sont pas des matchs pris au hasard, comme à la pêche miraculeuse. On a pratiquement la garantie d’avoir un très grand match, ou au moins une grosse affiche… Sachant qu’une grosse affiche peut devenir un match moyen, et qu’une affiche moyenne peut devenir un événement incroyable. Mais, en l’occurrence, je trouve que la direction du tournoi a souvent une bonne intuition, pour désigner l’affiche du soir. J’ai toujours eu une espèce de curiosité, voire de gourmandise, en découvrant, la veille, la programmation du lendemain à 20h15, sur le Central.  Chaque fois, j’ai les sens en éveil, en me disant, « ça, j’ai bien envie d’en parler ». Je prends ça comme une espèce d’apothéose du soir, parce qu’en fait, je suis avant tout un passionné. Je partagerai ça avec nos consultants Fabrice Santoro et Marion Bartoli. Plus tous les autres, Jo-Wilfried Tsonga, Lucas Pouille, Tatiana Golovin… qui interviendront avant et après les matchs, voire en bord terrain, comme Camille Pin.

Frédéric Verdier : "Alcaraz, c’est Cyrano"

Vous êtes un passionné de tennis, mais aussi de littérature… Vous placez d’ailleurs régulièrement des références littéraires, dans vos commentaires. Faisons un petit jeu : à quels héros de romans compareriez-vous Carlos Alcaraz, Jannik Sinner, Alexander Zverev et Novak Djokovic ?

Alcaraz, c’est Cyrano, en raison de son panache absolu. Pour Sinner, je ne citerais pas un auteur, mais Michel-Ange, parce que celui-ci se croyait uniquement sculpteur, alors que c’était aussi un très grand peintre. Sinner a ce côté artisan, presque monomaniaque. Or on le sous-estime, comme Michel-Ange se sous-estimait. De la même façon que ce dernier, Sinner est très polyvalent. Dans ce registre, on pourrait d’ailleurs aussi comparer Alcaraz à Léonard de Vinci, génie en tout : inventeur, sculpteur, peintre, dessinateur, architecte. Alcaraz a ce génie polymorphe. Il est capable de tout faire sur un terrain. Absolument tout ! Zverev, lui, ce pourrait être l’un des Frères Karamazov (Dostoïevski). Il y a une forme de malédiction qui plane sur lui. On sent bien confusément qu’il ne gagnera jamais un gros truc. Là, je m’avance un peu, mais c’est ce que je sens. Il a cette manière de toujours se dédouaner, de ne jamais voir la vérité. De taper à côté, soit parce qu’il ne se remet pas en question. Soit parce qu’il se rêve beaucoup plus fort qu’il n’est. Face aux grands joueurs, et dans l’instant T, il est rarement au rendez-vous. Le problème, c’est qu’il a un entourage exclusivement familial, qui n’arrête pas de l’encenser. Il est considéré comme le leader de la famille, alors qu’il en est le benjamin. Tout ça peut éventuellement accoucher de situations pas très saines, comme dans Les Frères Karamazov. Quant à Djokovic, c’est le plus fort de tous les temps, à mon avis. Pas le plus grand, mais le plus fort. Il y a une dimension de patron, chez lui, même s’il ne l’est plus sur le terrain. Donc, ça pourrait être Le Cercle fermé, de Jonathan Coe. Parce qu’il est dans un cercle fermé, où ils étaient trois, avec Federer et Nadal. Toute sa vie, il s’est battu contre ces deux monstres, avec ce rêve fou de les rejoindre. Il a fini par gagner, en terminant plus fort que ces deux mecs-là. Ce qui est hallucinant. Federer parti, il restait encore Nadal. Mais depuis que celui-ci a arrêté, Djoko n’a plus rien gagné. Son dernier succès remonte à une victoire sur l’Espagnol, justement, l’an dernier aux JO. Il lui est désormais difficile de trouver une motivation. Il a essayé de trouver le quatrième larron, en la personne d’Andy Murray, pour le coacher. Mais la collaboration s’est déjà achevée. La motivation d’aller chercher un 25e titre du Grand Chelem, comparée à tout ce qu’il a fait pour être devant les deux autres, est-elle suffisante ? Je ne pense pas. Sans compter les pépins physiques qui s’accumulent, l’âge aidant. Cela dit, je reste méfiant. A Wimbledon, il peut être encore très fort.

Et côté joueuses ?

Aryna Sabalenka, ce pourrait être Une femme puissante, de Marie Ndiaye. Aujourd’hui, elle me paraît être la joueuse la mieux dotée pour exercer vraiment une domination sur tous les terrains. En plus, elle fait évoluer son jeu. Elle a énormément progressé au service, elle qui faisait des wagons de doubles fautes. Sa détermination ne l’empêche pas d’afficher un côté solaire. Pour Coco Gauff, je vois bien un bouquin de Toni Morrison, intitulé Beloved. Margaret Garner, l’une des héroïnes du livre, est une Afro-Américaine ayant échappé à l’esclavage, dans le Kentucky. Une femme qui s’est beaucoup battue. Ce qui me frappe avec Coco Gauff, c’est qu’elle a beau avoir techniquement des failles énormes, au service comme en coup droit, elle a cet esprit guerrier, de combat, ancré en elle, même si, heureusement, elle n’a pas connu une vie difficile, comme Margaret Garner. Le vrai champion, c’est celui qui a confiance en lui, a de l’ambition et est très exigeant. Tout ça, elle l’a ! On sent qu’elle veut devenir n°1. Jasmine Paolini, c’est formidable, c’est La métamorphose, de Kafka, mais en sens inverse. Au départ, c’est quelqu’un qui a peu de qualité de balle, ni un bras fabuleux, qui est petite – 1m63 -, n’a pas un gros physique. Mais elle décide, à l’hiver 2023, de bosser comme une dingue, avec un préparateur physique et un kiné que lui octroie la Fédération italienne de tennis, à titre grâcieux. C’est alors la chrysalide qui devient papillon, avec deux finales de Grands Chelems (Roland-Garros et Wimbledon). Par ailleurs, elle vient de gagner à Rome, en simple comme en double. Et, comme Alcaraz, elle partage sa joie de jouer avec le public. Enfin, Iga Swiatek, en ce moment, c’est un peu Les Illusions perdues, ou Eugénie Grandet, de Balzac. On la sent extrêmement intériorisée, pleine d’angoisses, de doutes, alors qu’elle a quand même gagné quatre Roland-Garros et un US Open. Elle est sur une dynamique qui n’est pas bonne, mais vu son jeune âge, je la vois quand même capable de rebondir, de se réinventer.

Roland-Garros 2025 : les pronos de Frédéric Verdier

Allez, c’est le moment de se mouiller. Un nom pour la victoire finale, chez les hommes comme chez les femmes…

Il y a la logique et il y a le cœur. La logique, c’est que je ne vois rien qui puisse empêcher Alcaraz de remporter son deuxième Roland-Garros d’affilée. Avant son premier succès, on sentait peser sur ses épaules tout le poids de l’histoire, le poids de Nadal qui était encore là, et celui de toute l’Espagne, qui espérait en lui. Maintenant que c’est fait, il va pouvoir jouer un peu plus libéré. Et il vient de gagner deux Masters 1000 sur terre, à Monte-Carlo et Rome. Le choix du cœur, ce pourrait être Arthur Fils, qui a tellement progressé cette année. Mais bon, s’il arrive à donner de la joie au public et atteindre les quarts, ce sera déjà très bien. Chez les femmes, c’est assez ouvert. D’ailleurs, de toutes celles qu’on a citées, j’ajouterais Mirra Andreeva. Je trouve qu’elle sait tout faire. A la limite, c’est elle que je placerais favorite. Elle serait à la fois la logique et mon choix du cœur. Elle a déjà été demi-finaliste l’année dernière, à 17 ans, après un nombre réduit de tournois, limite fixée par le règlement (pour les juniors, ndlr). Sans compter qu’elle a gagné Dubaï et Indian Wells, cette année. Pour le coup, si on devait aussi la comparer à une héroïne de roman, je dirais Anna Karénine, même si je lui souhaite moins de dilemmes que le personnage de Tolstoï. Mais elle a quand même aussi un côté très passionné.

Après Roland, où vous retrouvera-t-on ?

Je fais des interviews de joueurs, que je propose à des plateformes ou des chaînes. Je suis à la poursuite de Djokovic. J’ai bon espoir que ça se fasse. Je participe de temps en temps à L’Equipe du soir, sur la chaîne L’Equipe. Je couvre aussi du foot pour eux. Il y a également l’émission Sans filet, sur Winamax. Et puis, évidemment, l’US Open de tennis, fin août sur Eurosport.

Par
Frédéric Lohézic