Léon Marchand sort enfin du silence et revient sur son après JO : “J’ai pris la tempête !”

Publié le 13 avril 2025 à 9:02
Starface
Huit mois après son triomphe olympique à Paris, la star de la natation française sort enfin de son silence et se confie sur sa nouvelle vie, ses défis personnels et ses ambitions futures.

Quintuple médaillé aux Jeux Olympiques de Paris 2024 – dont quatre en or – Léon Marchand s’était fait particulièrement discret depuis son sacre. Dans un long entretien accordé à L’Équipe ce samedi 12 avril, le nageur toulousain de 22 ans revient sur la déferlante médiatique qui a bouleversé son existence et sur sa façon de gérer ce nouveau statut d’icône nationale.

La tempête médiatique post JO de Léon Marchand

“J’ai connu différents épisodes depuis les Jeux de Paris, ça a été un sacré remue-ménage. J’ai pris la tempête ! Une tempête médiatique, populaire… C’était vraiment énorme pour un adolescent de 22 ans", confie d’emblée le champion. Une notoriété qui l’a d’abord enchanté, puis quelque peu déstabilisé par son ampleur et sa persistance.

“J’en ai profité au maximum avec ma famille, mes proches, mes potes, avec ces gens qui me reconnaissent dans la rue, veulent faire une photo, me disent bravo et merci. Ça, c’est tous les jours. Pas ici [à Austin, aux États-Unis, où il vit et s’entraîne], où je suis un parfait inconnu, mais quand je suis en France. Juste après les Jeux, c’était génial de profiter de tout ça. Le problème, c’est que ça a duré.” ajoute le jeune sportif.

Surpris par l’engouement durable autour de sa personne, le nageur avoue : “Je pensais que la ‘hype’, comme on appelle ça en américain, que cette popularité allait redescendre assez rapidement. Ça n’a pas été le cas et, ce n’est pas grave, je me suis adapté.”

Léon Marchand face à la célébrité

Cette soudaine célébrité a représenté un véritable défi pour ce jeune homme de nature plutôt réservée. “Ce que je vivais, c’était beaucoup pour un gosse de 22 ans. C’était bizarre de répondre à tout ce qu’on attendait de moi. Je le faisais et, ça m’a grave étonné d’en être capable. Ce n’est pas ma nature. Ce n’est pas moi !”

Léon Marchand s’est néanmoins efforcé de répondre aux attentes, non sans un certain coût personnel : “Je l’ai fait à ma manière et, au final, ça s’est bien passé. Sauf que c’est énergivore pour quelqu’un comme moi. Il y a des gens qui s’en servent, qui excellent à transformer ça en énergie positive. Mais, moi, j’en perds. Je donne aux gens, et c’est un échange qui m’apporte une énorme satisfaction. Mais je ne peux pas faire ça au quotidien. Ça devient trop difficile de travailler dans l’eau…”

Une pause nécessaire et un forfait aux Mondiaux

Après les Jeux, le nageur s’est accordé six semaines de vacances bien méritées. Il a ensuite repris l’entraînement et participé à quelques étapes de Coupe du monde en Asie, où il a brillé en enchaînant les records. Cependant, l’épuisement l’a rattrapé.

“Je rentre de la Coupe du monde complètement éteint, sans énergie”, raconte-t-il. “Je continue à nager, mais le rêve des Mondiaux à Budapest commence un peu à couler. Un Championnat, c’est censé être bien plus excitant pour moi, mais ça ne l’est pas. Et je me blesse à l’épaule.”

Cette blessure a finalement dicté sa décision : “Je me suis subluxé l’épaule en décembre. Mais bon… J’annonce que je suis forfait pour les Mondiaux, et je reçois énormément de messages positifs, des encouragements. Je me dis que c’est cool, que les gens comprennent. J’avais peur de leur réaction. Même si j’étais prêt à recevoir les critiques.”

Le champion poursuit : “J’ai continué à m’entraîner à Toulouse, je n’ai pas raté une journée, mais je n’avais pas envie de faire de la compétition, de remettre la combinaison, de me raser. Ce n’est pas ce qui me stimulait. J’ai préféré préparer mon voyage en Australie pour disparaître.”

L’échappée australienne de Léon Marchand

Pour se ressourcer et échapper à la pression médiatique, Léon Marchand s’est offert une parenthèse de trois mois en Australie. Il y a partagé son temps entre le surf et l’entraînement, accompagné d’un autre nageur, Alberto Razzetti.

Sur place, il a également profité de l’expertise de Dean Boxall, entraîneur à Brisbane d’un groupe de spécialistes de crawl. Une expérience enrichissante qui lui a permis de recharger ses batteries.

“La flamme de mon sport avait un peu faibli, il fallait la relancer. Comme pour tous ces sportifs français qui ont vécu les Jeux à la maison. C’était énorme ! Un rêve depuis toujours. Et tellement réussi…”, explique-t-il.

Le retour à l’entraînement et les ambitions futures

Désormais de retour à Austin auprès de son coach américain Bob Bowman, Léon Marchand se prépare à replonger dans le grand bain de la compétition. Il participera dans trois semaines au meeting de Fort Lauderdale, en Floride, pour lancer sa saison.

“J’en ai vraiment envie. Il va y avoir un niveau assez important, mais je ne sais pas du tout où j’en suis, ni où je vais”, reconnaît-il avec humilité.

Malgré ses succès éclatants, le champion garde les pieds sur terre et s’interroge sur la suite : “J’étais fier que la France puisse se passionner pour le sport. Mais, après, tu te demandes quelle va être la prochaine étape ? Je suis quatre fois champion olympique, mais je dois me lever le matin à 6 heures pour aller m’entraîner. Pourquoi ? Au fond de moi, je savais que je n’allais pas m’arrêter, que c’était qu’une étape.”

Avec en ligne de mire les JO de Los Angeles en 2028, Léon Marchand affiche ses ambitions : “J’ai faim, et j’ai envie de changer ma manière de fonctionner, d’aborder mes courses, ma stratégie. J’essaie d’évoluer chaque année, et encore plus après cet énorme chapitre des Jeux de Paris. Il faut écrire une nouvelle page.”

Par
Mélissa Tellaa