La Route du Rhum (France 3) – Armel Le Cléac’h : « Ce que l’on a vécu il y a quatre ans a été douloureux »

Publié le 9 novembre 2022 à 9:07
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Le navigateur breton est au départ de Saint-Malo, espérant enfin rallier Pointeà- Pitre, en Guadeloupe, après plusieurs désillusions dans la mythique transatlantique en solitaire.

Flash-back. Pointe-à-Pitre, le 11 mai dernier. Armel Le Cléac’h débarque de métropole à bord de Banque Populaire XI, qu’il veut tester dans les chaudes eaux guadeloupéennes. À la veille d’un premier repérage, il répond à nos questions, tout en sirotant un cocktail de fruits. Le rhum attendra. 

Arriver à Pointe-à-Pitre le jour de votre anniversaire (il est né le 11 mai 1977), c’est un signe, à six mois de la Route du Rhum ? 

Armel Le Cléac’h : Peut-être. C’est vrai que j’ai déjà eu la chance de gagner deux courses qui tombaient le jour de mon anniversaire : des transats AG2R, en 2004 et 2010 (Lorient, puis Concarneau-Saint- Barthélémy, ndlr). Pour le « Rhum », dommage qu’on ne parte qu’en novembre… (Sourire) 

Vous avez une histoire compliquée avec cette course… 

Elle a été ma première vraie grande course, en 2006. Je finis quatrième. Puis je reviens en 2010, où je termine deuxième. En 2014, j’aurais dû vivre ma première traversée sur un maxitrimaran (32 m de long, catégorie Ultime). Malheureusement, je me coupe la main et je dois renoncer à partir. Le bateau et son sponsor gagnent, mais sans moi (Loïck Peyron l’a remplacé au pied levé). Quatre ans après, je suis victime d’un chavirage, après une collision avec un objet flottant non identifié. 

Vous sentez-vous maudit sur cette épreuve ? 

Non, ce n’est pas un fardeau que je traîne en permanence. J’ai vécu un peu la même chose sur le Vendée Globe, où je termine deux fois deuxième. En 2013, notamment, je perds sur le fil, avant de m’imposer enfin en 2017. Je me sers de mes échecs pour progresser. Ce que l’on a vécu il y a quatre ans a été douloureux. Inimaginable que le bateau casse ainsi ! L’équipe avait tellement travaillé l’aspect sécurité. Sur l’instant, on a pris un gros coup sur la tête. Au lieu de nous décourager, on a redoublé d’efforts pour construire un bateau plus solide, doté d’une double structure. Cela l’alourdit mais, au moins, on sait qu’il résistera en cas d’accident similaire. 

Partir de Saint-Malo, pour un Breton, c’est mieux qu’un départ du Havre ? 

Ou des Sables-d’Olonne ! (Rires) Les premières heures, on longe la côte où j’ai appris à naviguer. D’où le lien avec mon histoire personnelle.

Sans compter qu’à Saint-Malo, on est au coeur d’une cité corsaire, d’une ville chargée d’histoire maritime…

Ce n’est pas la raison pour laquelle je participe à la Route du Rhum, mais ce côté mystique ajoute à l’émotion du départ. 

Dans le milieu, on vous surnomme le Chacal. Cela vous gêne-t-il ? 

C’est un surnom que je trouve plutôt rigolo et qui me colle bien, sur l’eau. Je le dois au fait que je ne lâche rien. 

Néanmoins, en course, vous arrive-t-il parfois de relâcher un peu la pression ? 

Oui, en mangeant des sucettes. À la pomme, notamment… ce sont mes préférées, même si, finalement, je passe plus de temps à grignoter le bâton… De temps en temps, je me mets aussi de la musique, pendant 15 à 30 minutes, tout en regardant le bateau voler au-dessus de l’eau. Quand je fais ça, la nuit, sous un ciel étoilé et un peu de lune, je me sens ultra-privilégié. 

Le départ de La Route du Rhum est à suivre en direct ce mercredi à partir de 14h sur France 3.

INTERVIEW FRÉDÉRIC LOHÉZIC 

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