Ophélie Meunier ne pensait pas que sa vie basculerait à ce point début janvier. Après la diffusion d’un reportage polémique de Zone Interdite sur l’islamisme à Roubaix, la journaliste a été prise pour cible par de nombreux anonymes. Menacée de mort, elle a été placée sous protection policière pendant plusieurs mois. Une « expérience étrange, particulière » pour elle comme elle le confie dans une rare interview accordée au magazine Elle.
« Au final, tout va bien », précise-t-elle avant de défendre son travail et celui de son équipe. « A toutes les étapes de l’affaire ou aujourd’hui, alors que tout ça est derrière moi, en présentant ce reportage, je suis convaincue d’avoir fait mon travail. Je ne me suis jamais dit : j’ai déconné. Ce qui s’est passé est la preuve que le journalisme touche à des sujets sensibles et que nous avons plus que jamais besoin de les explorer », explique-t-elle à nos confrères en remerciant tous ceux (notamment les médias) qui l’ont soutenue.
« Il faut continuer à faire notre métier, à exercer notre liberté d’informer », assène-t-elle en avouant être passée par différents états dans ces mois difficiles. « Il a fallu que j’apprenne en avançant. Apprendre à digérer la violence des insultes et des menaces… J’ai été accompagnée, entourée, protégée ce qui m’a aidée à traverser cette période le mieux possible », ajoute celle qui affirme n’avoir « aucune séquelle » de cette période trouble.
Ophélie Meunier insiste sur l’importance de porter plainte lorsqu’on se retrouve pris pour cible. Grâce à l’enquête ouverte par la police, plusieurs auteurs de menaces ont pu être retrouvés au cours des mois qui ont suivi la diffusion. Une période pendant laquelle, même si elle était sous protection policière, elle ne s’est pas interdit de sortir ou d’emmener ses enfants au parc. « Aujourd’hui, je n’y pense plus, hormis sous un angle purement journalistique: quel biais, si je devais retravailler sur ce sujet ? », reconnaît-elle en disant qu’elle pourrait consacrer un nouveau sujet sur cette thématique.
Revenant sur l’importance et l’impact de la religion, la journaliste qui est « croyante et pratiquante », assure que la foi a « forgé la personne qu’elle est aujourd’hui ». « Je crois en Dieu, et je crois que Dieu veut mon bonheur. Si les choses se passent comme je l’ai souhaité, je me sens bénie. Dans le cas contraire, car je vis des épreuves, je traverse des moments difficiles comme tout le monde, je puise dans cette force pour me relever. Je sais qu’au final c’est arrivé pour une bonne raison et que je vais en sortir grandie. »
Pauline Hohoadji