Dorothée Pousséo dans Demain nous appartient : « Le dernier jour de tournage, j’étais en larmes »

Publié le 30 janvier 2024 à 11:39
TELSETE / TF1
Connue aussi pour sa voix singulière, la comédienne rejoint la série le temps d’une arche trépidante. Entretien.

Comment êtes-vous arrivée dans la série de TF1 ?

Dorothée Pousseo : Grâce à Adèle Esposito, grande directrice de casting (Plus Belle la Vie, encore plus belle, Profilages…) que je connais bien. C’est elle qui a pensé à moi pour ce personnage. J’ai été convoquée au casting et, après validation de la chaine et de la production du programme, me voilà dans la peau de Cécile Hervieux dont on va suivre les aventures pendant environ deux mois. 

 Qui est Cécile Hervieux ? 

C’est une femme qui gravite autour de Chloé (Ingrid Chauvin), de Marianne (Luce Mouchel) et de Gilles (Laurent Gamelon). Je ne peux pas tout vous dire mais il va y avoir pas mal de rebondissements. 

Ce personnage pourrait-il devenir récurrent ? 

J’en rêve tellement, l’accueil qu’on m’a réservée à Sète a été parfait ! J’ai découvert des comédiens et une équipe technique d’une bienveillance et d’un professionnalisme incroyables. Je ne m’attendais pas à ça. Tous ces comédiens sont passionnés et, rapidement, c’est comme si j’avais toujours fait partie de leur "bande". Le dernier jour, j’étais en larmes à l’idée de les quitter. Ce fût une aventure intense mais ce n’était pas pour me déplaire, car je suis d’un tempérament plutôt hyperactif. 

 Le rythme de tournage a-t-il été soutenu ? 

Oui, on tourne en moyenne 8 séquences par jour avec 3 équipes de tournage. Parfois, nos personnages ont jusqu’à 20 pages de textes à apprendre quotidiennement et ce n’est pas rien. Mais ce qui est merveilleux c’est que nous avons des "coachs" pour nous faire répéter. Ils sont disponibles 24h sur 24 ! C’est incroyable. Sur cette série, il y a vraiment une équipe de folie ; des répétiteurs aux maquilleuses en passant par les coiffeurs. J’ai été époustouflée de découvrir l’envers du décor et la qualité de ce programme, à tous les niveaux. J’adorerais rejoindre une telle série de façon plus récurrente. 

Regardiez-vous la série avant de l’intégrer ? 

Je regardais dès que je le pouvais pour y voir mes amis tels que Juliette Tresanini (alias Sandrine Lazzari), Sophie Michard (alias Béatrice Reynaud), Axel Kiener (alias Samuel Chardeau). Mais, généralement, à l’heure à laquelle passe la série, je suis en studio. Mais heureusement, ma belle-mère qui est la fan numéro 1 de la série, m’avait super bien briefée ! Je connaissais tout ; les intrigues, les personnages et le parcours de chacun ! (rires)

On vous connait aussi pour être, entre autres, la voix française de Margot Robbie. Comment avez-vous vécu le succès de Barbie, sorti l’été dernier ? 

Quand j’ai enregistré le film dirigé par Barbara Tissier, grande comédienne et voix de Cameron Diaz, de Jessie dans Toy Story, de Fiona dans Shrek ou de Princesse Sarah, on a réalisé que ce long-métrage allait marquer les esprits d’une manière ou d’une autre. Mais je ne m’attendais pas à ça ; je ne pensais pas qu’il y avait un vrai message féministe derrière, un tel décalage, un tel humour, etc… Je pensais que ce serait un film pour enfant, un peu mièvre, mais j’ai rapidement été morte de rire. Je me suis demandé ce que c’était que cet Ovni ! Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, je sentais que ce film ne passerait pas inaperçu. Résultat ? Le film mérite d’être vu mais je pense que ce qui a fait aussi son succès c’est que nous avons tous besoin de "rose" dans notre vie ! Tout est tellement plombant, que le film Barbie est tombé à pic ! 

Peut-on dire que vous êtes la doubleuse officielle de Margot Robbie ? 

On n’appartient jamais à un comédien mais je l’ai doublé dans 15 gros blockbusters. Il existe trois films d’elle que je n’ai pas doublé. Ce sont les clients français qui m’ont choisie. Je m’entends très bien avec les gens de la société Warner et je sais qu’ils apprécient mon travail donc c’est eux qui ont fait appel à moi. Harley Quinn, Birds of Prey, etc…Warner respecte beaucoup son public et ne veut pas décevoir les spectateurs en changeant la voix française de Margot Robbie. Officiellement c’est moi qui l’ai doublée le plus. En plus de faire un métier de l’ombre, on n’est souvent pas grand-chose aux yeux des gens de ce métier. Heureusement qu’on a le soutien du public. C’est pour eux qu’on fait ce métier. Ils ont toujours des messages gentils et constructifs sur notre travail. On n’est pas toujours traité avec le respect qu’on imagine. Par exemple, doubler Margot Robbie dans Babylone, qui est un film complexe, c’est incarner un personnage complexe, se mettre derrière le travail de la comédienne et tenter de jouer au plus près de son jeu à elle. C’est parfois plus compliqué que ce qu’on s’imagine.
Avez-vous rencontré Margot Robbie ? 

Non, on devait se voir en 2020, à Cannes, lors du lancement de Birds of Prey mais Margot Robbie est restée coincée à Londres à cause du covid. Je pense que ça se fera un jour. Warner créera la rencontre. Les acteurs américains aiment beaucoup faire la connaissance de "leurs voix". Pour nous c’est le bonheur, car à force de les doubler on a l’impression de les connaître donc les croiser et échanger avec eux, ce serait un peu un rêve. Si je la rencontre un jour, j’aurais juste envie de lui dire "Merci" car moi qui travaille davantage dans l’ombre, je ne tourne pas autant que je double, j’accède, grâce à cette excellente comédienne, à de grands rôles. 

Le succès du film Barbie a-t-il changé quelque chose pour vous et votre carrière ?

Je pense que oui. Cela a forcément intrigué des gens. Idem avec le personnage de Vanellope à qui je prêtais ma voix dans Les Mondes de Ralph (Disney). Savoir qui se cache derrière les voix des héros de films ou de dessins animés titille la curiosité du public ou des Youtubeurs. J’ai par exemple été invité chez McFly et Carlito pour parler de mon métier. Je fais de plus en plus de rencontres, j’échange davantage donc je suis amenée à accéder à plus de rôles. Certains ont compris que nous ne sommes pas que des "voix" mais de vrais comédiens. J’ai douze ans de formation théatrâle au Conservatoire derrière moi. Les gens ne l’imaginent pas toujours. Jamel Debbouze et Eric Judor, avec qui j’ai travaillé plusieurs fois, connaissaient ma "crédibilité" d’actrice. Aujourd’hui, d’autres s’en sont rendus compte et me donnent ma chance. 

Vous ne faites pas que jouer la comédie ou prêter votre voix à d’autres. Vous chantez aussi…

Oui et j’attaque en février le nouvel album de Mortelle Adèle ! J’ai fait le premier avec Aldebert puis le 2ème et ce 3ème, et nouvel opus, avec Vincent Blaviel, compositeur de talent. Ce nouvel album de 15 titres réserve pas mal de surprises. Antoine Dole, le créateur de Mortelle Adèle, écrit les textes, Vincent Blaviel compose et Diane Le Feyer, dessinatrice, illustre l’album de A à Z et moi je chante ! Enfin, je ne suis pas la seule à chanter car nous chantons tous sur l’album ! C’est génial !  Le premier album a été triple disque de platine ! Il faudrait faire une tournée, un long métrage et, pourquoi pas, une comédie musicale !

En plus de toutes vos activités liées à la comédie, vous venez d’ouvrir une école de doublage…

Oui, j’ai créé avec mon amie d’enfance Kelly Marot (la voix de Jennifer Lawrence entre autres) la Dub-School à Paris* et à Cannes**. Souvent, sur des tournages, des comédiens aguerris nous demandaient des conseils ou nous posaient des questions sur l’univers du doublage. Il existe des formations très bien déjà mais ce ne sont pas toujours des directeurs artistiques qui les honorent. En tant que comédienne, je me disais souvent que j’aimerais bien que ce soit un directeur artistique qui assure le stage de formation car, derrière, j’aurais peut-être l’opportunité de travailler avec lui. De là est née l’envie de monter cette école qui n’est réservée qu’aux comédiens ayant un minimum de trois ans de théâtre car l’école n’est pas là pour leur apprendre ce qu’est une émotion ou autre. Il s’agit d’ajouter une corde à leur arc de comédien, de leur apprendre une autre branche de leur métier. On tente de les former comme nous avons été formés à l’époque par Marion Game, Gérard Hernandez, Patrick Préjean, etc…On essaie de reproduire ça toutes les deux. On limite à 10 personnes par stage et on les forme avec quatre directeurs artistiques différents par semaine pour qu’ils aient quatre chances potentielles de travailler ensuite. On a aussi le soutien de Dubbing Brothers, entreprise de doublage, où on peut utiliser leur plateforme pour répertorier les comédiens qu’on sent prêts à travailler. 

On vous a vu dernièrement dans Le Grand Embouteillage sur M6 dans le rôle de la femme d’Elie Semoun et maintenant dans Demain nous appartient. Avez-vous d’autres projets ? 

Je serai à l’affiche de deux longs métrages : d’abord dans Double Foyer de Claire Vassé avec Max Boublil et Emilie Dequenne qui sort au cinéma le 21 février. Puis dans Et maintenant, le prochain film de Lucien Jean-Baptiste. J’adore varier mes activités. Je suis une boulimique de travail. Je suis une comédienne qui vient du théâtre et où on apprend à bosser à un rythme assez soutenu et dans le doublage, c’est pareil ! Il faut être dans l’immédiateté, être rapide et "bon" dès la première prise, et j’adore ça.  

* PARIS, Comptoir du son Paris 17ème

  • Stages réservés aux comédiens : du lundi au vendredi. Initiation au doublage : on englobe tous les métiers de la voix afin d’en connaitre toutes les nuances: doublage de jeux vidéo, la voice over, le livre audio, la pub radio ou télé, le documentaire, la création de voix, le dessin animé… 
  • Stages de chants en doublage donné par Georges Costa, directeur artistique de chant (Aladdin, Le roi lion, Aladdin…) et Quentin Bachelet (Wish, la petite sirène) qui lui enseigne chez Dub-School… Réservé aux chanteurs. Une semaine tous les deux mois.

**CANNES ouverture le 19 février

  • Stage d’acting sur 5 jours avec 3 jours de coaching avec Philippe Vieux, Juliette Tresanini etc…puis rencontre avec des directeurs de casting et enfin avec des réalisateurs. 
  • Composition de musique de films, de dessins animés et pub : stages pour musiciens aguerris, donnés par Franck Marchal et David François-Moreau.
  • Ecriture en doublage : stage composé de plusieurs stades : la détection (savoir lire les ouvertures et fermetures de bouche, etc…) travail de l’auteur qui va traduire le texte, l’adapter et le rendre synchrone, une journée de sous-titrage et une journée d’écriture de chansons en dessins animés en respectant le nombre de pied, les rimes et le lipsync…
Par
Adeline Quittot