Anne Décis (Plus belle la vie, encore plus belle) : « Reprendre après les morts de Michel Cordes et Marwan Berreni, c’était quelque chose… »

Publié le 6 janvier 2024 à 10:15
David Niviere/ABACAPRESS.COM
Après avoir joué Luna Torres pendant dix-huit ans dans Plus belle la vie, Anne Décis retrouve ce personnage dans Plus belle la vie, encore plus belle qui démarre ce lundi à 13h40 sur TF1. Un retour sur lequel elle revient pour nous dans cet entretien qui est aussi l’occasion d’évoquer les deux drames qui ont marqué l’équipe de la série en 2023 : les morts de Michel Cordes et Marwan Berreni.

Luna se mariait – symboliquement – avec deux hommes dans le final de Plus belle la vie. Qu’avez-vous pensé de ce rebondissement ?

C’était à l’image de mon personnage : flamboyant, étonnant et drôle ! Evidemment que ce n’est pas autorisé en France, mais c’était un joli pied de nez et une fin cohérente pour mon personnage vu son parcours.

Si on vous avait dit, à l’époque, que vous alliez retrouver Luna un an plus tard, vous l’auriez cru ?

Nous étions tellement dans la fin à cette époque-là que je ne pouvais pas imaginer ça. Mais j’avais toujours, dans un coin de ma tête, l’idée que la série allait repartir un jour ailleurs ou autrement. Je m’étais imaginée un prime pour faire plaisir aux fans, comme pour Candice Renoir sur France 2. Donc je n’ai pas été très étonnée non plus lorsqu’ils m’ont rappelée.

Luna est-elle toujours aussi rock’n’roll dans Plus belle la vie, encore plus belle (TF1) ?

Oui ! Disons que mon personnage n’a pas encore montré pleinement toutes ses capacités ! Luna est un personnage secondaire au début de cette nouvelle série, elle soutient Estelle (Elodie Varlet). Mais très vite, elle va se retrouver confrontée à une problématique que traversent les femmes à partir d’une cinquantaine d’années. C’est assez dingue, en fait, de traverser les années avec cette série et de pouvoir jouer tous les âges d’une même femme !

C’est ce qui vous a conduit à accepter de reprendre ce rôle ?

Non, j’ai avant tout dit oui car j’adore Luna ! C’est vraiment un kif de jouer ce personnage qui n’est pas gnangnan ou consensuel. Et j’ai rapidement accepté car j’ai compris que la série ne serait pas comme avant, qu’on allait retrouver l’ADN de PBLV mais avec une nouvelle énergie, de nouvelles têtes, de nouveaux décors et une nouvelle vision. Refaire exactement comme avant, non ! La série était déjà derrière moi. 

Que vous dites-vous en regardant en arrière ?

Que j’ai eu beaucoup de chance ! Déjà de faire mon métier mais aussi de rencontrer des gens merveilleux et des amis incroyables que j’ai toujours ! Je suis restée dix-huit dans Plus belle la vie même si j’ai arrêté environ cinq ans car j’ai eu des enfants et je suis partie faire autre chose. Mais se construire parallèlement à son personnage, c’est étonnant. Nous avons tous vécu, en même temps, des grandes joies, des drames personnels ou ensemble qui ont fait naître entre nous un lien très précieux et fort. Je pense qu’il nous échappe et se ressent dans ce qu’on donne. C’est aussi pour ça que Plus belle la vie a autant marché et que la nouvelle série fonctionnera : il émane de l’équipe une bienveillance et une telle entente ! Il faut que tout le monde travaille et vibre sur la même note pour qu’une quotidienne fonctionne.

Vous avez tourné dans de nombreux projets pendant ces mois de pause. Avez-vous hésité à reprendre un personnage récurrent, ce qui vous coupe d’autres productions ?

Lorsque le tournage de PBLV s’est arrêté, le lendemain j’étais au théâtre. Je n’avais jamais arrêté d’en faire d’ailleurs. Il a quand même fallu vivre ce clap de fin : ce n’était pas rien ! Mais j’avais ma marque de bijoux (OMA BLOOM avec Aurélie Vaneck, qui jouait Ninon Chaumette dans la série, ndlr), je faisais du théâtre, j’ai tourné dans plusieurs fictions comme Mère Indigne et Respire, j’ai passé un mois en Guadeloupe pour un unitaire, je suis allée au Festival d’Avignon… J’ai apprécié d’avoir du temps pour expérimenter d’autres choses à long terme. Là, je reviens pour quelques mois. Je ne sais pas encore comment les choses vont évoluer ou si TF1 aura envie de garder mon personnage. Il y a beaucoup de questions que je ne maîtrise pas. Mais je suis très heureuse de ce que je fais aujourd’hui !

Qu’avez-vous ressenti en retrouvant les studios de la Belle de Mai sans les deux regrettés piliers de la série, Michel Cordes et Marwan Berreni ?

Revenir dans le studio était déjà quelque chose… Mais reprendre le tournage après les morts de Michel et Marwan… A vivre, c’était quelque chose… Mais nous étions tous ensemble. Il y a vraiment une fraternité qui nous a sauvés et qui nous a apaisés.

On a senti, pendant ces deux drames, que certains attendaient vos messages, au point de presque vous reprocher votre temps de réaction…

Ça, c’est dingue ! Mais ce n’est pas étonnant. Dès qu’on est un peu connu et actif sur les réseaux sociaux, ça créé une sorte de demande chez les fans ou ceux qui vous suivent. Ils vous donnent des injonctions à réagir, même sur des faits de société comme ce qui s’est passé le 7 octobre dernier en Israël. Moi j’ai relayé un texte de Delphine Horvilleur que je trouvais sublime. J’ai été attaquée dans la journée par cinquante personnes pour des choses différentes. A partir du moment où on est mis en lumière, on est jugé et pointé du doigt : on en fait trop ou pas assez, on déplaît toujours ! On doit composer avec ça et trouver une manière d’être fidèle à ce que nous sommes sans rentrer dans cette injonction à réagir et à être tout de suite dans l’émotion. Pour Marwan, je voulais me taire au départ. Je ne savais pas quoi dire…. J’allais prendre la parole pour dire quoi, qu’on était tristes ? On s’en fout ! Mais je prenais malgré tout plaisir à lire ce que mes camarades pouvaient dire sur lui. Je me suis donc dit que j’allais moi aussi livrer quelque chose… J’ai été critiquée parce que je n’ai pas dit ce que certains attendaient. Mais je m’en fous : j’ai écrit ce que j’avais envie de livrer. Les réseaux sociaux, ce n’est pas la réalité mais ils peuvent aussi permettre de déposer quelque chose d’intime qui peut aider d’autres personnes. Personnellement, lorsque je suis triste, ça me fait du bien de lire ou de regarder des vidéos qui m’aident.

Avez-vous senti un manque d’empathie en lisant certains messages après ce drame ?

Bien sûr… Mais quand je vois que ça part en cacahuètes, j’arrête de lire. 

Par
Pauline Hohoadji